Pauline Vela

Pauline Vela et son compagnon de l’époque Jonathan se sont fait agresser sans raison à l’arme blanche en 2006 à Bordeaux par deux jeunes délinquants alors qu’ils rentraient chez eux. Jonathan a reçu au total 7 coups de couteaux qui auraient pu sans l’intervention de Pauline lui être fatal.

Cette affaire est passée en cours d’assises en 2009, car les deux agresseurs ont été jugés pour homicide involontaire. L’agresseur de 19 ans, récidiviste, a été condamné à 5 ans de prison ferme.  Celui de 20 ans (l’agresseur de Pauline Vela) a été condamné à 5 ans de prison dont 3 ans de mise à l’épreuve, car les juges ont trouvé dommage de mettre en prison quelqu’un qui avait un emploi.

L’agresseur de Pauline Vela devait l’indemniser à hauteur de 3000 euros, une infime somme par rapport au préjudice suivi. Il ne s’est jamais acquitté de sa dette.

Pauline Vela, quelques années après, est toujours traumatisée, suivie par un psychiatre à ses frais et ne comprend pas pourquoi elle n’a toujours pas été indemnisée ni par son agresseur ni par la Justice.

Pauline Vela, que s’est-il passé ? Pouvez-vous nous décrire brièvement les faits ?

Alors que nous rentrions tranquillement à pied d’une soirée, j’ai été directement menacée sans raison avec un couteau par un individu, tandis que mon compagnon de l’époque s’est fait poignarder de 7 coups de couteau, dont un dans la tête. Si je n’étais pas intervenue à temps pour stopper l’hémorragie de Jonathan, il serait décédé aujourd’hui, il avait perdu 1,5 litre de sang. Vous imaginez la violence de l’agression !

Quel était le profil de vos agresseurs ?

J’ai appris plus tard que les agresseurs, de 19 et 20 ans, étaient déjà bien connus des services de police. Celui de 20 ans avait un « petit » casier judiciaire, tandis que celui de 19 ans était un vrai récidiviste, il avait déjà un casier judiciaire conséquent, concernant des agressions antérieures à l’arme blanche. Il était en liberté au moment des faits.

Comment avez-vous vécu les événements à l’époque ?

Suite à l’agression, je ne parvenais plus à dormir, j’étais traumatisée et je le suis encore aujourd’hui.

J’ai dû déménager rapidement après les faits car j’ai appris par hasard que mes deux agresseurs demeuraient dans la même rue que moi à Bordeaux!!! Je vivais chaque jour avec la peur de les recroiser et qu’il m’arrive à nouveau quelque chose. La Justice n’a rien fait pour me protéger alors que ces deux individus, reconnus violents, étaient en quelque sorte mes voisins !

Qu’avez-vous fait par la suite pour vous protéger?

Pour me protéger, je suis donc partie vivre 2 ans recluse chez mes parents dans les Landes, la peur au ventre, puis je me suis finalement enfuie en Corse pour être plus en sécurité et tenter de reconstruire ma vie.

Pensez-vous que la Justice a fait son travail ?

Non absolument pas. Non seulement mon agresseur n’a passé que 2 ans en prison au lieu de 5 mais il ne m’a jamais payé les indemnités dont il devait s’acquitter (3000 euros). Aujourd’hui personne ne l’oblige à payer ou ne le renvoie en prison parce qu’il ne paie pas. Or, il est censé être mis à l’épreuve mais la Justice n’a rien fait et en plus il n’a même pas été convoqué par le juge d’application des peines.

Lors du procès, je me suis sentie profondément rabaissée et mal considérée alors que c’est moi qui avais subi un préjudice. C’était vraiment le monde à l’envers ! Lorsque nos agresseurs ont entendu la sentence prononcée à leur encontre, ils se sont réjouis car ils allaient pouvoir retrouver leurs amis incarcérés en prison.

Avez-vous finalement perçu des indemnités de la Justice pour le préjudice subi ?

Au moment du procès en cours d’assises, le Président de la cour d’assises de Bordeaux avait pourtant précisé et reconnu que je devais recevoir une indemnité de 8000 euros par le fonds de garantie pour les victimes pour le préjudice subi, indemnité que je n’ai jamais touchée.

J’ai dû moi-même faire des recherches pour comprendre pourquoi je n’ai jamais rien reçu et j’ai appris qu’on me reproche de ne pas voir fait un arrêt de travail d’au moins un mois après les faits ce qui prouverait mon préjudice. En plus, on a eu le culot de me dire que soi-disant je gagnais trop bien ma vie pour percevoir des indemnités alors que pendant 2 ans je vivais grâce à l’aide de mes parents. C’est tout simplement scandaleux ! Or chaque victime vit son expérience différemment et essaie de d’en sortir différemment. Moi j’ai dû déménager de Bordeaux et me réfugier pendant 2 ans chez mes parents tellement j’avais peur de sortir seule. Si cela ce n’est pas du traumatisme je ne sais pas de quoi il s’agit….

Qu’attendez-vous aujourd’hui de la Justice ?

Qu’elle applique tout simplement ses propres décisions de Justice. Il est incompréhensible pour une victime que son agresseur ne fasse pas entièrement sa peine de prison et qu’il ne s’acquitte pas de sa dette. Je suis victime et pourtant je suis obligée de batailler pour que Justice soit rendue et pour qu’on me reconnaisse le préjudice subi. C’est un peu le monde à l’envers, ne pensez-vous pas ?

Les victimes, elles, sont victimes à vie et doivent vivre avec cela. Pourquoi a-t-on si peu de considération dans le monde judiciaire pour les victimes ? On se soucie pourtant beaucoup des conditions des détenus en prison dans les médias mais on ne parle jamais de toutes ces victimes anonymes qui doivent reconstruire leur vie tant bien que mal et souvent bien seules.

Quel est votre sentiment aujourd’hui ?

Mon sentiment est que je suis profondément déçue par la Justice qui n’a pas fait son travail et qui en plus ne répond pas à mes questions. J’ai envoyé de nombreux courriers restés sans réponse.

Je suis indignée que pendant le procès on a essayé de présenter ces deux jeunes délinquants comme des pauvres victimes du système et de leur environnement familial en oubliant qui étaient les véritables victimes.

Je suis consternée par le laxisme dont fait preuve notre système judiciaire français alors que ces deux délinquants étaient récidivistes et bien connus des services de police. Je pense que le monde judiciaire et les politiques doivent prendre les choses en main pour que tout cela change et apprendre à avoir plus de considération pour les victimes, qui elles doivent constamment se justifier.

Le combat de l’Institut pour la Justice

Aucune impunité et la lutte contre la récidive

Toute condamnation à un délit doit être accompagnée d’une amende automatique et les récidivistes doivent être punis plus lourdement.

Maître Thibault de Montbrial parle de l’impunité zéro pour les atteintes physiques et aux biens