Tribune

Prison : l’Institut pour la Justice veut développer le travail carcéral

Dans une tribune publiée sur le site Figarovox, Alexis Carré, enseignant à Sciences-Po et doctorant à l'Ecole Normale Supérieure, plaide pour le compte de l'Institut pour la Justice en faveur du travail carcéral qui améliore l'indemnisation des victimes et participe à une meilleure réinsertion des détenus.

Publication
17 mars 2017
Durée de lecture
2 minutes
Média
Figarovox

Le fonctionnement de la chaîne pénale (police, justice, prison) vise à la protection des victimes et de la société. Elle dispose à ce titre d’une série d’instruments (dissuasion, sanction, réinsertion) lui permettant de détourner les délinquants de leur trajectoire criminelle. Sur ce dernier volet, la politique menée par les gouvernements successifs est un échec. Du fait de la lenteur des procédures, de l’insuffisance des peines prononcées et de leur inapplication, l’incarcération ne parvient pas en l’état à dévier l’itinéraire des délinquants. Face à cette justice impuissante un certain nombre d’entre eux s’endurcissent. Ainsi 5 % d’hypercriminels commettent 50 % des délits et 80 % des crimes. Une solution? Les mettre au travail.

La dernière réforme pénale, initiée par Christiane Taubira, consacre cette conviction que la prison est inefficace et qu’on devrait lui préférer ses alternatives. Certes, quand elles sont envisagées comme un instrument de plus à la disposition du juge, celles-ci peuvent avoir un impact positif. Mais quand elles servent de variable d’ajustement permettant de ne pas construire les places de prison nécessaires à notre sécurité, ces mesures ne sont qu’un écran de fumée. Des cas comme celui d’Adel Kermiche, l’assassin du père Hamel, placé sous surveillance électronique, suffisent à exposer les insuffisances de ces dispositifs en l’absence d’une véritable politique carcérale.

Bien sûr, pour redevenir un instrument efficace entre les mains de la justice la prison se doit d’être réformée. Pour éviter qu’elle ne devienne l’école du crime l’Administration pénitentiaire doit reprendre le contrôle du temps carcéral. Or ces dernières décennies, face à l’insuffisance des moyens, à l’absence de soutien politique et à la multiplication des obstacles judiciaires celle-ci a dû abandonner au bon-vouloir des prisonniers l’occupation de leur temps. À tel point que l’on a vu fleurir sur les réseaux sociaux les vidéos, comme celles tournées aux Baumettes et ailleurs, où les prisonniers, goguenards, apparaissent avec armes, drogues et consoles de jeux.

Si la modernisation des infrastructures est nécessaire il s’agit avant tout du rétablissement de l’autorité de la justice sur les personnes détenues. En témoignent les bâtiments ultra-modernes de la prison de Vivonne, dans la Vienne, qui n’ont pas empêché à la rentrée deux mutineries à la suite dont le coût pourrait s’élever à plusieurs millions d’euros.

L’institut pour la justice voit dans le travail carcéral un instrument privilégié de cette reprise en main des prisons. En effet, il permet à l’Administration Pénitentiaire de structurer le quotidien du détenu autour d’une activité dont l’horizon est le retour à une vie normale. En plus d’occuper du temps dans sa journée, pendant lequel il ne peut pas s’adonner à des activités délictueuses, le travail améliore les chances de réinsertion du prisonnier à sa sortie. Il développe également des habitudes et des compétences, en matière d’horaire, de respect de l’autorité et de collaboration avec des pairs qui font souvent défaut aux délinquants et constituent des obstacles à leur intégration.

Enfin le travail carcéral permet au prisonnier de générer des revenus qui sont cruciaux en vue de sa réinsertion. Une partie de leur salaire sert en effet à l’indemnisation des victimes qui voient ainsi leur souffrance reconnue, et dans une certaine mesure, réparée par le criminel. Une autre partie est placée en vue de constituer un pécule de sortie. Et il lui est aussi possible d’utiliser la partie restante de cette somme afin d’acheter des produits en vente au sein de la prison.

Pour toutes ces raisons le travail carcéral reste l’instrument privilégié du rétablissement de l’autorité publique sur la personne détenue. Il est donc impératif d’augmenter la part des détenus qui travaillent dans nos prisons (20 % en équivalents temps-pleins contre 40 % en Angleterre ou entre 70 et 80 % en Allemagne et aux Pays-Bas).

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