Tribune

« Ce rapport confirme que la chaîne pénale prend l’eau à tous les niveaux » : notre tribune dans le Figaro Vox

Le rapport de la mission d'inspection sur le meurtre de Chahinez B., tuée par son mari à Mérignac, a été remis au gouvernement mercredi 9 juin. Pierre-Marie Sève revient sur les défaillances de la police et de la Justice mises en évidence par ce rapport accablant.

Publication
14 juin 2021
Durée de lecture
2 minutes
Média
FigaroVox

Il y a quelques semaines, en pleine rue, Mounir B. pointait sa femme avec une arme de chasse, tirait quatre coups dans ses jambes puis l’aspergeait d’essence avant de la brûler vive.

Cette femme, brûlée vive par son propre mari, était mère de trois enfants. Ce drame atroce dont les motivations restent floues a posé néanmoins des questions. Un rapport de l’Inspection générale de l’administration et de l’Inspection générale de la Justice a récapitulé le déroulé des faits et des défaillances.

Ce rapport confirme que la chaîne pénale prend l’eau à tous les niveaux.

Mais qui ce constat étonnera-t-il?

Comment peut on être étonné d’apprendre que le meurtrier avait été condamné à la prison moins d’un an avant de passer à l’acte?

Qui est encore étonné d’apprendre qu’il avait été libéré de prison avant la date prévue?

Qui est surpris d’apprendre que Chahinez B. avait porté plainte 2 mois plus tôt pour violence contre son mari?

Le déroulé des faits.

Le déroulé des faits, s’il met en lumière de très nombreux dysfonctionnements de la chaîne pénale, tant au niveau de la police que de la Justice, doit être remis dans son contexte de faillite généralisée de la chaîne pénale.

Par son incompétence et sa désorganisation, l’institution a sur la conscience le meurtre sauvage d’une mère de famille.

La chaîne pénale française est en effet défaillante à tous les niveaux et cette situation ne date pas d’hier.

Cet homme alcoolique est d’abord condamné en juin 2020, sans expertise psychiatrique, à seulement 9 mois de prison ferme pour avoir tabassé son épouse. Alors qu’il a interdiction d’entrer en contact avec elle, il l’appelle et la harcèle tous les jours depuis la prison. La Justice décide quand même de lui faire un cadeau et il est libéré avant la fin de sa peine. Toujours interdit d’entrer en contact avec elle, il viole une fois de plus cette obligation qui visiblement n’est pas si obligatoire, et va même jusqu’à la tabasser quelques semaines après sa sortie de prison.

Ce n’est pas fini. Son épouse porte plainte et il est recherché par la police qui ne le retrouve pas à l’adresse indiquée dans le cadre du contrôle judiciaire. Mais, coup de chance, Mounir B. lui-même va de son propre chef au commissariat pour y faire une scène et se plaindre de ne pas voir suffisamment ses enfants. Il a beau décliner son identité, la police ne fait pas le rapprochement avec le fichier des personnes recherchées et il ressort sans la moindre inquiétude.

Le cirque continue.

Le cirque continue. Les semaines qui suivent, il est reçu par les services probatoires du département qui ne font non plus aucun rapprochement avec l’avis de recherche. Il leur avoue même qu’il voit son épouse alors qu’il n’en a pas le droit. Idem, aucune inquiétude à avoir, en France, la loi c’est pour tout le monde sauf les voyous.

3.000 « téléphones-grave-danger » vont être transmis aux femmes dont les conjoints sont violents, les bracelets anti-rapprochement utilisés en Espagne depuis plus de 10 ans vont enfin arriver en France, enfin, un fichier des auteurs de violences conjugales va être mis en place.

D’ailleurs, le policier Eric Marrocq, secrétaire zonal d’Alliance, pose l’ultime constat: «Ne pas réussir à interpeller une personne deux mois après un dépôt de plainte, c’est d’une triste banalité, pour les voyous qui cherchent à se soustraire à nos services».

Ce dernier constat résume tragiquement à quel point c’est le fonctionnement de l’État français qui est en cause: Police, Justice, administration pénitentiaire. Si ce n’est pour récolter l’impôt, l’État fait des lois mais n’a plus les moyens ni même parfois la volonté de les appliquer…

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