Entretien

Manif. de soutien à Mickaël Harpon: «des propos de nature à allumer la mèche pour que tout s’embrase»

Militant autoproclamé des banlieues, Hadama Traoré a appelé à manifester en soutien au terroriste Mickaël Harpon, le 10 octobre devant la mairie de Gonesse. Christophe Castaner a demandé au Préfet du Val-d’Oise de l’interdire. L’apologie de terrorisme semble caractérisée, mais dévoile par ailleurs une convergence entre islamisme et indigénisme.

Publication
10 octobre 2019
Durée de lecture
1 minute
Média
Sputnik

Extrait de l’entretien de Me Guillaume Jeanson dans Sputnik

«Je suis un révolutionnaire qui fait de la politique et je suis prêt à mourir pour mes convictions»: rhétorique révolutionnaire et phrasé de rappeur, Hadama Traoré a répondu sur les réseaux sociaux à Christophe Castaner. Fanfaronnade ou authentique menace à l’ordre public?

Dans son appel vidéo pour le moins polémique, Hadama Traoré n’y est pas allé par quatre chemins: «toutes les communautés persécutées, on va faire la guerre ensemble, aux politiques et aux médias. Et on commence ce jeudi [10 octobre, ndlr]», avant d’ajouter: «la personne qui ose dire que Mickaël Harpon était un terroriste animé par des revendications religieuses, je lui traite sa mère et je lui crache à la gueule. [Mickaël Harpon] était discriminé parce qu’il était sourd (…) c’était une crème! (…) un bonhomme avec un grand H (sic).»

Le cabinet du maire PS de Gonesse, Jean-Pierre Blazy, a d’ailleurs confirmé avoir reçu un récépissé de déclaration d’un rassemblement de moins de 50 personnes. Mais la liberté de manifester s’arrête là où l’ordre public commence, et la liberté d’expression est bornée par l’apologie du terrorisme –un délit réprimé par l’art. 421-2-5 du Code Pénal.

Selon Me. Guillaume Jeanson, avocat et porte-parole de l’Institut Pour la Justice (IPJ), «le risque est grand de considérer cette manifestation en soutien à Mickaël Harpon comme une glorification de la personne même»… et donc comme une apologie du terrorisme.

«Faire l’apologie d’une personne qui a commis un attentat terroriste est considéré par la jurisprudence comme une infraction pénale sanctionnée en principe d’une peine allant jusqu’à cinq ans d’emprisonnement et 75.000 euros d’amende, et cette peine est même aggravée quand cette apologie est diffusée sur Internet, puisque cette peine passe à sept ans et 100.000 euros d’amende.»

Il appartiendra dès lors au Parquet de se saisir de l’affaire et de trancher entre le désir de «réinformation» affiché par Hadama Traoré et l’apologie à proprement parler. «Toute la question qui se pose est celle de la qualification retenue par le parquet, qui décide ce qui relève du complotisme, d’une pure provocation, si ces éléments constituent l’infraction et s’il est utile de poursuivre l’auteur.»

Une infraction qui semble caractérisée pour Me. Guillaume Jeanson, au vu des éléments connus sur l’attaque terroriste de la Préfecture de Police, «en générant une théorie du complot qui vise à faire croire que Mickael Harpon, en dépit de tous les éléments sortis, était une victime. Le faire passer pour une victime, c’est quand même quelque chose d’assez scandaleux.»

Si Guillaume Jeanson entend bien sûr respecter la présomption d’innocence, il n’en demeure pas moins que la découverte au domicile de Mickaël Harpon d’une clé USB contenant les coordonnées et données personnelles de ses collègues policiers et des vidéos de Daesh, le contact avec un prédicateur salafiste connu des services, semblent aujourd’hui attester de sa radicalisation. Et donc de l’absurdité des propos d’Hadama Traoré.

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