Insécurité et pauvreté : que disent les données internationales ?
La culture de l’excuse alimente la peur au lieu de la combattre. En effet, on répète depuis des années que l’insécurité n’est qu’un « sentiment » et que la misère sociale serait la cause première de la délinquance. Cette vision réduit la violence à une question de perception et justifie l’inaction, alors que la criminalité, elle, continue de frapper sans distinction.
Rien de mieux qu’une affirmation aussi simpliste pour tenter de renforcer la culture de l’excuse sous l’égide de la défense sociale nouvelle ancéliste1.
Étude finlandaise sur le revenu de base
Afin de démanteler ces présupposés liés à l’insécurité, le gouvernement Finlandais a porté une étude durant deux années, publiée par le NBER2 en décembre 2025, attribuant à un échantillon de 2000 personnes bénéficiant de minimas sociaux, un revenu mensuel fixe sans condition de démarches de recherche d’emploi ou d’insertion, et dont le versement se poursuivrait jusqu’à la fin des deux ans même si ces personnes trouvaient un emploi. Dans les deux années précédant l’expérience, 20 % des bénéficiaires potentiels avaient déjà été suspectés d’une infraction et 10 % avaient été victimes d’un crime.

Source : Hämäläinen, K., Kanninen, O., & Verho, J. (2020), Basic Income and Crime: Evidence from the Finnish Basic Income Experiment, NBER Working Paper No. 31116, Figure A1 (Appendix).
Le graphique rapporte une probabilité annuelle d’environ 12 à 15 % d’être enregistré comme suspect, ce qui correspond à une probabilité cumulée sur deux ans proche de 20 %.
Qu’en a-t-il conclu ?
La zone ombrée du graphique correspond à la période de versement du revenu de base (2017–2018). Les trajectoires quasi identiques des deux groupes indiquent l’absence d’effet du revenu de base sur la probabilité d’être suspecté d’une infraction.
Au terme de cette période, il n’a donc été relevé aucun effet positif du revenu supplémentaire sur la criminalité, et ce, peu importe les caractéristiques personnelles des sujets (genre, âge, sexe…). Le revenu de base n’a pas réduit la criminalité : les individus ont conservé une probabilité d’environ 20 % d’être suspectés d’une infraction
Au-delà du facteur financier, c’est la structure même de la trajectoire judiciaire qui interroge. La plupart des personnes impliquées dans des affaires sont des récidivistes : plus de 40 % de celles ayant déjà un casier recommencent, contre seulement 10 % pour les primo-délinquants.
Par conséquent, ce constat nous oblige au pragmatisme à l’échelle française : la cause de la délinquance est ailleurs.
Insécurité en France : causes réelles et réponses possibles
La cause de la délinquance en France réside dans le délitement de l’autorité et l’abandon de la fonction punitive de la peine.
Cette évolution du traitement pénal et la transformation idéologique de l’institution judiciaire sont d’ailleurs au cœur de notre documentaire « Justice, comment la gauche a pris le pouvoir ? », qui analyse en profondeur cette mutation et ses conséquences concrètes.
La carte de la délinquance face à la pauvreté
La carte de la délinquance ne se calque pas sur celle de la précarité : nos provinces, bien que frappées par une paupérisation croissante, restent des havres de paix face aux zones urbaines massivement abreuvées par les aides sociales.
Selon l’INSEE, le taux de pauvreté y atteint 16 % contre 19 % dans les grandes agglomérations et les banlieues (INSEE, 2024), mais elles concentrent moins de 25 % des infractions enregistrées par les forces de l’ordre, alors que les zones urbaines concentrent près de 75 % des faits de vols, violences et trafics (Ministère de l’Intérieur, Statistiques de la délinquance, 2024).
Ce constat invalide crûment le déterminisme économique. Le premier pas vers le recul de la délinquance n’est pas l’augmentation expérimentale du niveau de vie des moins fortunés mais bien une justice plus ferme, plus efficace et plus prévisible.
La rédemption exige une responsabilisation radicale : le délinquant doit affronter son crime sans le filtre de l’excuse sociale. Ainsi, rompant avec l’angélisme, la conception kantienne rappelle que le criminel est un être libre qui doit payer sa dette, et non un sujet passif à soigner.
Responsabilisation et propositions de l’Institut pour la Justice
Pour se rapprocher de ces buts, l’Institut pour la Justice a des propositions concrètes : le rétablissement de peines planchers pour les récidivistes et l’exécution réelle des peines. En substituant le soin à la sanction, on prive l’individu de la seule confrontation capable de lui faire mesurer l’étendue de sa faute et de sa responsabilité envers la collectivité.
- À partir de 1945, la doctrine de la « défense sociale nouvelle », portée par Marc Ancel, marque un tournant : la justice ne se limite plus à punir, elle doit resocialiser. Le juge devient dépendant de l’expertise médico-sociale, la peine prend une dimension thérapeutique, et la privation de liberté est interprétée comme un échec du système. ↩︎
- (National Bureau of Economic Research) est une organisation privée américaine à but non lucratif, mondialement reconnue pour ses recherches économiques rigoureuses. Fondé en 1920, il regroupe les plus éminents chercheurs (dont de nombreux prix Nobel) et diffuse des études de référence qui servent souvent de base aux décisions de politiques publiques à l’échelle internationale. ↩︎