Entretien

Violences sur une vidéosurveillance au tribunal de Paris, ce qu’en pense l’IPJ

Me Guillaume Jeanson, porte-parole de l'Institut pour la Justice, répond aux questions d'Atlantico sur la vidéo prise au Palais de justice de Paris montrant un policier frapper un détenu qui refusait de regagner sa cellule.

Publication
15 juillet 2018
Durée de lecture
2 minutes
Média
Atlantico

Extrait de l’entretien de Me Guillaume Jeanson :

Atlantico : Une scène filmée par les caméras de surveillance du nouveau tribunal de Paris, montrant un policier frapper un détenu qui refusait de regagner sa cellule, a suscité l’indignation et la condamnation du ministre de l’intérieur Gérard Collomb qui a déclaré à ce sujet : “je condamne avec la plus grande fermeté ce comportement inadmissible qui vient nuire à l’image de l’ensemble des forces de sécurité. Le fonctionnaire a été suspendu immédiatement. Une enquête est en cours”. Si cet acte est inacceptable, en quoi la réaction anti-policière est-elle en soi injustifiée ? De la résistance du détenu à l’intervention des collègues pour s’interposer, pourquoi cette accusation générale ne peut être justifiée ?

Guillaume Jeanson : Oui ce comportement est inadmissible et il est bien normal qu’une enquête de l’IGPN soit ouverte. Ce type de comportement ne cause pas seulement un préjudice à la personne détenue. Il jette également le discrédit sur l’ensemble de la police qui, une semaine après les émeutes de Nantes, n’en avait pas besoin. Ceux dédiés à l’organisation du nouveau tribunal de Paris non plus d’ailleurs n’en avaient pas besoin.

Car l’ouverture de ce nouveau tribunal est allée de pair, rappelons-le, avec un transfert d’affectation des missions de la gendarmerie à la police. L’architecture du nouveau service policier chargé des missions de ce tribunal avait terminé d’être élaboré le 7 novembre dernier. Il avait pris pour nom la nouvelle compagnie de la garde du tribunal de grande instance de Paris (CGTGI). Une compagnie divisée en trois sections, escortes, police des audiences et sûreté qui est rattachée à la sous-direction de la protection des institutions, et donc à la direction de l’ordre public et de la circulation. Alors que jusqu’ici, trois escadrons de gendarmerie mobile étaient affectés à la sécurité du palais de justice, soit environ 240 militaires, la Préfecture de police avait donc décidé d’affecter à cette nouvelle compagnie près de 385 policiers, qui devaient ainsi s’ajouter aux effectifs de la compagnie de garde du dépôt, estimée à environ 200 personnels. Pour le filtrage des entrées, précisons que ces gardiens de la paix sont secondés par des agents de sécurité privée chargés de la fouille des sacs et du contrôle d’accès. Ce transfert ne s’était pas effectué sans grincements de dents. Vécu comme un soulagement du côté de la gendarmerie contente de récupérer l’usage de gendarmes supplémentaires pour du maintien de l’ordre (environ un escadron, les deux autres restant mobilisés pour la sécurité de la cour d’appel et de la Cour de cassation), il avait été décrié par les syndicats de policiers qui voulaient voir la pénitentiaire hériter de ces tâches pour lesquelles personne ne se bouscule sur le terrain. Cette affaire peu reluisante est donc un double coup dur pour la police car elle intervient dans ce contexte bien particulier.

Ce type d’affaire nourrit évidemment de fortes réactions anti-policières. Elles peuvent aisément surfer sur l’image écornée que ne manque pas de véhiculer certaines entreprises de communication sur le thème de la « transparence », à l’instar de rapports tels que celui de l’IGPN recensant, ces dernières semaines, 14 personnes tuées et une centaine d’autres blessées depuis juillet 2017 lors d’interventions policières. Même si la chef de la police des polices avait prudemment tenue, sur ce cas précis, à préciser que « ce recensement n’est pas le recensement des bavures policières », un certain public ne s’est évidemment pas gêné pour y voir la confirmation de leur thèses anti-policières. C’est pourtant oublier d’autres chiffres évoqués plus rarement. Il y a un an et demie, dans un article du Figaro, Christophe Cornevin, s’appuyant sur un bilan de la direction générale de la police nationale indiquaient que plus de 500 policiers sont blessés en chaque mois dans le simple exercice de leur travail. C’est aussi oublier ceux qui sont spécialement ciblés, en dehors de leur travail, pour leur faire payer d’être de la police. Tout le monde se souvient de Magnanville et plus récemment d’Othis. En réalité, tout l’équilibre subtil de la question du regard porté sur l’action de la police tient au caractère légitime ou non de l’usage de la force.

Dans cette affaire du tribunal de Paris, le simple visionnage des images révèle évidemment le caractère inacceptable et illégitime de l’usage de la force par le policier. Cette évidence ne doit pas non plus rendre naïf. Le son coupé ne permet ni d’entendre ni de mesurer la teneur -qui peut être souvent fleurie – des échanges entre la personne détenue et le policier. De même, la présentation faite par le montage de la personne détenue comme « migrant », là où d’autres n’y ont vu qu’un simple voleur, délinquant d’habitude, témoigne d’une volonté d’instrumentalisation toute aussi évidente de ces images. Migrant ou pas, insultes proférées ou pas, cette faute du policier est bien sûr inadmissible et doit être sanctionnée. Mais attention tout de même aux récupérations à l’honnêteté douteuses.

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