Interview

Sécurité des fan zones : l’IPJ décrypte la situation

Le site d'information Atlantico interroge l'Institut pour la Justice sur la sécurité des fan zones et l'opportunité de les maintenir malgré la menace terroriste. Guillaume Jeanson, porte-parole de l'association, observe des limites dans la sécurité des fan zones mais rappelle que beaucoup d'autres lieux de notre territoire restent des cibles potentielles des terroristes pendant l'Euro.

Publication
11 juin 2016
Durée de lecture
2 minutes
Média
Atlantico

La menace terroriste pousse les fan zones à intensifier la sécurité

Les fan zones, présentes dans les communes qui accueillent les matches de l’Euro, ont pour objet d’accueillir et de proposer aux spectateurs dépourvus de billet la retransmission de matches de la compétition sur écrans géants. Guillaume Jeanson s’interroge sur les moyens mis en oeuvre pour la sécurisation de ces lieux d’une capacité de 10 000 à 92 000 personnes selon les villes. En plus de la palpation du public, de l’interdiction des sacs de voyage et de la vidéo-protection, les fan zones tentent de garantir une sécurité à la hauteur de la menace de Daech avec des mesures complémentaires.

A Paris, la fan zone d’une capacité de 92 000 personnes compte 16 points de pré-filtrages, 6 entrées, mais seulement 400 agents de sécurité. Celle de Marseille peut accueillir jusqu’à 80 000 personnes en deux zones distinctes pour séparer les supporters des deux équipes. A Nice, la fan zone serait la plus sécurisée avec 124 agents de sécurité pour les 10 000 spectateurs, ses 17 portiques de détection de métaux .

Les agents de sécurité ne peuvent pas remplacer les forces de l’ordre

Au début de son mandat, François Hollande avait promis une hausse des effectifs des forces de l’ordre, revue à la hausse suite aux attentats de novembre pour porter l’objectif à 9000 postes supplémentaires sur le quinquennat. Guillaume Jeanson note que les recrutements sont en-deçà des promesses présidentielles. Selon la Cour des comptes, seuls 390 postes de policiers et gendarmes ont été créés depuis 2012. Un manque en partie dû à une pyramide des âges défavorable où les recrutements sont à peine compensés par les départs à la retraite.

Au manque d’effectifs, s’ajoute l’état d’épuisement des force de l’ordre à la veille de l’Euro qui mobilisera 45 000 policiers et 30 000 gendarmes. Alors que les agents doivent déjà faire face à la menace terroriste et aux mouvements sociaux, Guillaume Jeanson déplore que la sécurité privée soit utilisée pour servir de “variable d’ajustement”. Il n’est aucunement question de remettre en cause les compétences et le professionnalisme des agents de sécurité, mais leur formation, leur armement, et leurs prérogatives sont distincts de ceux des gendarmes et des policiers. Les agents de sécurité ne peuvent se substituer aux forces de l’ordre.

Les fan zones sont exposées à la menace terroriste, comme d’autres lieux de rassemblement

L’Euro 2016 est exposé à la menace terroriste. Cela ne fait aucun doute. Tous les sites de retransmission des matches sont des cibles potentielles comme l’ont affirmé les services américains et britanniques. François Hollande a concédé lui-même sur France Inter l’existence de cette menace alors que la DGSI a découvert 82 personnes fichées S parmi les agents de sécurité recrutés pour l’Euro.

Les fan zones sont des lieux de rassemblement qui, hors période d’attentats, imposent des conditions strictes de sécurité pour éviter les mouvements de foules et autres débordements. La menace terroriste augmente les risques en matière de sécurité. Que faire ?

L’état d’urgence n’a pas empêché les nombreux rassemblements contestataires avec son lot d’échauffourées et de blessés ces dernières semaines. Est donc ici en cause peut-être moins la question de l’état d’urgence que celle de la pratique qui en est faite par le pouvoir en place. Maintenir la COP 21 et les célébrations des fêtes de fin d’année était irresponsable selon certains observateurs.

Si l’Euro et les fan zones constituent un symbole fort pour les terroristes, d’autres cibles actuellement délaissées durant ce mois par les forces de sécurité existent. Avec ou sans ces fan zones, à l’heure actuelle, notre pays n’est pas en sécurité.

 

Partager

partager sur Facebook partager sur Twitter partager sur LinkedIn envoyer par email

À consulter également