Décryptage

Marseille gangrenée par la violence

Petites leçons venues de Chicago sur ce qu’on peut faire et… ce dans quoi il ne faut surtout PAS s’engager.
Alors que la baisse de la criminalité avait été engagée à Chicago, elle repart fortement à la hausse. Une situation qui se rapproche de ce qui se passe dans la cité phocéenne.

Publication
2 septembre 2021
Durée de lecture
2 minutes
Média
Atlantico

Marseille gangrenée par la violence

Atlantico : A Chicago la violence est repartie à la hausse après une période d’amélioration relative. Qu’est ce qui peut expliquer ce regain de la criminalité ? Peut-on trouver des explications dans l’application ou non de la théorie du carreau cassé qui avait permis à New York de lutter contre sa criminalité ?

Xavier Raufer : D’abord, le carnage : Chicago : année 2020 entière, homicides, + 56% (de 481 en 2019, à 748). Fusillades en 2019, 1 210 ; en 2020, 1 783 (+ 47%). De janvier à août 2020, dans le comté de Cook qui englobe Chicago, 95% des assassinés sont Noirs (tués par d’autres Noirs, à quasiment 100%). Jan-juin 2020 : blessés ou tués par balles : 2 240 individus, + 51% sur les mêmes mois de 2019. En 2021, c’est pire. 

Le regain de la létalité s’explique bien sûr par l’abondance des armes à feu disponibles : de janvier à août 2020, la police locale en a confisqué 7 400, dont 300 fusils d’assaut. “Carreau cassé” ou pas, quand même le plus bénin litige se règle à l’arme de gros calibre, le massacre est assuré. 

Le cercle vicieux est celui-ci : accusée de “racisme”, la police tend à éviter les “ghettos” et à y conduire des arrestations tournant vite à l’émeute. D’où, les gangs s’enhardissent et s’entretuent. A posteriori, ce n’est pas mieux : dans ces mêmes “ghettos”, le taux d’élucidation des homicides tourne autour de 20%. Quand vous avez 80 chances sur 100 de vous en tirer sans dommage après avoir tué quelqu’un… que vous avez 19 ans… et la tête embrumée par les drogues et l’alcool, vous passez vite à l’acte.

Pierre-Marie Sève : Les questions de sécurité et de Justice sont le plus souvent des questions rationnelles. En effet, de manière générale, quand une ville ou un Etat est géré de manière rationnelle, il n’est pas dangereux et il n’y a pas d’insécurité. A l’inverse, lorsqu’un Etat ou une ville est soit géré de manière peu efficace ou de manière idéologique, alors l’insécurité et la violence reviennent.

Malheureusement, alors que, sur le modèle de New York, la ville de Chicago avait drastiquement fait baisser son problème de violence, elle est aujourd’hui gérée de manière totalement idéologique. Pour exemple, il y a quelques mois, le maire de Chicago avait annoncé qu’elle refuserait d’être interviewée par des journalistes blancs. 

A Chicago comme ailleurs, la politique idéologique progressiste a pour conséquence d’augmenter la criminalité et l’insécurité car elle oublie volontairement certains aspects de la réalité et parce qu’elle priorise d’autres objectifs que la résorption de la criminalité, comme la lutte contre le racisme, des discriminations etc…

Atlantico : Si les quartiers sensibles, à Marseille notamment, manquent notoirement d’argent. L’investissement et le renouveau urbains peuvent-ils suffire seuls pour endiguer les montées de violences ? 

Xavier Raufer : Dans les quartiers nord de Marseille et autres coupe-gorges, ce n’est pas la misère qui génère le crime ; c’est l’inverse. Quand, dans un tel quartier, une émeute éclate à chaque incursion de la police ; quand tout uniforme est pourchassé, y compris le nettoyage urbain et les postiers ; quand les bus y sont caillassés et doivent faire demi-tour avant la cité même ; quand la succursale bancaire a fermé après dix braquages, idem pour le supermarché et la poste – que reste-t-il à la population résiduelle que l’économie souterraine et les trafics ?

Pierre-Marie Sève : La politique de la ville, c’est 10 milliards d’euros dépensés par an. Le trafic de drogue lui, rapporterait jusqu’à 1 million d’euros par mois par cité. Ce n’est donc pas tant l’argent qui manque à Marseille qu’un certain état d’esprit. Le Bien et le mal ne sont pas des concepts interchangeables ou relatifs. Se droguer, frauder dans le métro, etc… ne sont pas excusables. Ils sont parfois explicables, mais jamais excusables. Et chacun de ces actes doit avoir une sanction. Cet état d’esprit, c’est à la Justice de l’inculquer, de le mettre en place. Malheureusement, à Marseille comme ailleurs en France, l’honnêteté n’est plus un comportement récompensé par les institutions. Les gens malhonnêtes ont même parfois plus d’avantages que les gens honnêtes. Je pense par exemple aux condamnés qui profitent de programmes de réinsertion pas toujours disponibles pour les chômeurs. Je pense aux migrants qui ont franchi illégalement des frontières et qui bénéficient gratuitement de titres de transport et de logements dans les grandes métropoles alors que des familles pauvres françaises de province n’en bénéficient pas.

C’est tout un état d’esprit à revoir, c’est toute une Justice à changer…

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