Interview

L’IPJ interrogé sur le deux poids deux mesures

Me Guillaume Jeanson, porte-parole de l'Institut pour la Justice est interrogé par Atlantico sur le deux poids deux mesures que beaucoup reprochent à la justice dans le récent traitement de différentes affaires.

Publication
24 avril 2019
Durée de lecture
1 minute
Média
atlantico

Extrait de l’interview de Me Guillaume Jeanson : 

Frédéric Ploquin rapportait à cet égard des témoignages de policiers éloquents dans « La peur a changé de camp » : « ils n’imaginent pas ce qu’on peut voir en banlieue. Aujourd’hui on a des individus qui n’hésitent pas et cherchent à nous tuer. On n’est pas loin de la guerre civile, avec une situation quasi incontrôlable. » Face à cette situation, l’Etat cherche-t-il à réaffirmer son autorité ? Bien au contraire : « Avant 2005, quand on était en difficulté sur un secteur, on revenait sur place à vingt. Depuis on a tendance à s’abstenir. ». Les discours sont même parfois été contredits en coulisses : « Le mot d’ordre, c’est de ne pas approcher certains quartiers pour éviter que ça ne s’enflamme. » Dans son livre « Colère de flic », Guillaume Lebeau expliquait lui aussi « une vaste hypocrisie : tout le monde se couvre et se défausse de ses responsabilités. Le pouvoir politique donne des instructions en sachant que si elles sont respectées à la lettre, des zones de non-droit sont créées. La hiérarchie policière répercute ses instructions en nous incitant dans le même temps à une obligation de résultat, à « faire du chiffre ». Et au final, ce sont les policiers de terrain qui prennent des risques et se retrouvent dans une situation impossible. » 

Vous parlez du sentiment des citoyens et il faut reconnaître qu’en effet toute mesure globale de ce phénomène peut souvent paraître malaisée. Est-elle pour autant impossible ? Lorsqu’on fait l’effort d’examiner de près certaines données, on constate tout de même que ce sentiment se trouve souvent corroboré. Si l’on prend par exemple la thématique des disparités territoriales quant au quantum des peines prononcées, il n’est pas inutile de rappeler qu’en 2010, à l’époque des peines plancher, il ressortait d’une réponse du garde des Sceaux à une question posée par un parlementaire que, dans le ressort de la Seine-Saint-Denis, la justice ne prononçait que 2% de peines plancher fermes, quand la moyenne nationale était de 18%. Ce qui, comme l’avait relevé avec malice le criminologue Xavier Bébin, ne pouvait signifier que deux choses : « soit les récidivistes de Seine-Saint-Denis présentent des garanties de réinsertion neuf fois plus élevées qu’ailleurs, soit les juges du tribunal de Bobigny sont neuf fois plus permissifs que les autres. »” 

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