Entretien

Insécurité: les chiffres ne disent pas tout

L’ensauvagement de la société échauffe les esprits et oppose les membres du gouvernement depuis quelques semaines. Pour le délégué général de l’Institut pour la Justice, Pierre-Marie Sève, les statistiques doivent s’accompagner d’observations complémentaires, afin de mesurer l’insécurité en France.

Publication
15 septembre 2020
Durée de lecture
1 minute
Média
FigaroVox

Le 1er septembre dernier, au micro d’Europe 1, le ministre de la Justice, Éric Dupond-Moretti, a réfuté la notion «d’ensauvagement» en expliquant que celle-ci développait «le sentiment d’insécurité», qui est «pire que l’insécurit黫L’insécurité, il faut la combattre, le sentiment d’insécurité, c’est plus difficile car c’est de l’ordre du fantasme». Il a terminé en expliquant que ce «sentiment» était nourri par «les difficultés économiques»«certains médias» mais aussi «le discours populiste».

Pour ne pas employer un terme polémique – l’ensauvagement – le garde des Sceaux a utilisé une expression tout aussi polémique – le sentiment d’insécurité – qui n’a d’ailleurs pas manqué de susciter des réactions passionnées.

La passe d’armes autour de ces termes entre le ministre de l’Intérieur et celui de la Justice n’a rien d’anodine, et le choix des mots est devenu un marqueur politique.

D’un côté, la notion de «sentiment d’insécurité» est utilisée pour minimiser, voire discréditer, les préoccupations du public au sujet de la montée de la délinquance. Les Français auraient le «sentiment» que leur sécurité se dégrade, mais ce «sentiment» ne serait pas corroboré par les statistiques de la délinquance, les sacro-saints chiffres! Ce sentiment serait donc de l’ordre du «fantasme», comme le dit Éric Dupond-Moretti, et le travail des pouvoirs publics serait alors d’expliquer aux Français en quoi cette peur est infondée.

Le fait que le taux global de criminalité paraisse stable depuis la fin des 80’s signifie-t-il que la situation a cessé de se dégrader ? Ce serait une grave erreur que de tirer une telle conclusion.

De l’autre côté, ceux qui pensent que l’insécurité augmente rejettent l’expression de «sentiment d’insécurité» et scrutent les statistiques, les contorsionnant parfois au passage, pour qu’ils confirment la réalité de l’ensauvagement.

Dans les deux camps, tout le monde considère donc, implicitement ou explicitement, que les statistiques de la délinquance sont l’arbitre ultime en matière de sécurité. Or, et nous allons le démontrer, les chiffres ont des limites, qui, en matière d’insécurité peuvent réellement changer la donne. En effet, certains des aspects les plus importants du phénomène de l’insécurité ne se laissent pas appréhender par les chiffres.

Nous ne devons ni négliger les statistiques ni nous arrêter à elles si nous voulons avoir une image fidèle de la réalité. Commençons donc par examiner très rapidement ce que nous disent les statistiques de la délinquance, avant d’expliquer en quoi elles sont insuffisantes.

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