Surtout n’expulsez pas vos squatteurs !

Cette lettre a été envoyée aux adhérents de l’Institut pour la Justice le 20 janvier 2022.

 

Surtout n’expulsez pas vos squatteurs !
Ce serait une « violence psychologique »

Axelle Theillier de l'IPJ Chère Madame, cher Monsieur,

Lundi, le parquet de Bobigny annonçait que 23 personnes avaient été placées en garde à vue.

Vingt-trois personnes d’un seul coup, cela doit probablement être une grosse affaire de stupéfiants ou de crime organisé, penserez-vous.

Mais vous auriez tort. Ces vingt-trois personnes ont été placées en garde à vue pour « violences en réunion » et « violation de domicile ». Leur crime ? Avoir voulu aider un propriétaire à rentrer dans son logement, squatté depuis des semaines.

Oui, vous avez bien lu : le propriétaire et ceux qui l’ont aidé pourraient être condamnés pour « violation de domicile ». Autrement dit, ils risquent une peine supérieure à celle qui pourrait être infligée aux squatteurs.

Quant aux « violences en réunion », tout s’est passé pacifiquement alors que les squatteurs, eux, s’étaient déjà montrés violents.

Mais le parquet de Bobigny estime que « les violences peuvent être psychologiques : le simple fait d’arriver à 23 en menaçant d’expulser des gens en pleine nuit, en plein hiver. »

Oui, vous avez bien lu : expliquer poliment mais fermement à des squatteurs qu’ils vont devoir partir est considéré comme une « violence psychologique » par la justice.

Pas de doute, nous sommes bien en France…

Tout a commencé le 13 octobre dernier. En rentrant du supermarché, Youssef constate que la porte du petit pavillon qu’il habite avec sa mère, une septuagénaire sous curatelle, a été fracturée. Il trouve chez lui « deux jeunes hommes, une femme et un pitbull », qui ont déjà commencé à s’installer en jetant à la cave une partie des affaires de Youssef et sa mère.

Après plusieurs interventions de la police, les squatteurs finissent par partir.

Mais, deux semaines plus tard, les voleurs de domicile sont de retour ! Cette fois ils ont réussi à se faire établir un contrat EDF et prétendent que Youssef leur a loué sa maison. Et voilà Youssef qui se retrouve dans les locaux de la police.

« L’un d’eux a dit à la police que je l’avais escroqué de 3 500 euros », explique-t-il au journal Le Figaro. « Ils m’ont menacé de mort, ont cassé mon pare-brise, fracturé les portes, causé plein de dégradations dans la maison, et c’est moi qui ai subi un interrogatoire ! »

Le malheur de Youssef et de sa mère commence à s’ébruiter sur les réseaux sociaux et dans les médias. Un certain nombre de riverains décident alors de leur venir en aide.

« Après un appel sur les réseaux sociaux, on s’est donc retrouvés à un point de rendez-vous, à quelques centaines de mètres de la maison, samedi vers 20 heures », explique Elias, un jeune infirmier. « On était 26, pour la plupart des étudiants. Youssef nous attendait devant le portail cassé, avec sa sœur et sa mère : puisque c’est elle la propriétaire, il fallait qu’elle soit là, même malade ! ».

Ils entrent dans le pavillon et se retrouvent face à un couple avec un enfant d’environ trois ans, et deux hommes. « Youssef a fondu en larmes en rentrant : tout était d’une saleté répugnante. Dans la cave, c’était horrible, tout était sens dessus dessous. J’ai raccompagné la dame et son bébé à une voiture qui les attendait dehors », raconte encore Elias.

Et c’est à ce moment, alors que l’affaire semblait sur le point de se régler pacifiquement, que la police intervient et emmène Youssef et ses soutiens au commissariat… tandis que les squatteurs réintègrent le pavillon.

Pour se justifier, le parquet de Bobigny explique : « on ne règle pas ses problèmes soi-même en appelant des personnes qui n’ont rien à voir avec l’histoire. Il y a des moyens légaux pour obtenir une expulsion ».

Oui, en effet il y a des moyens légaux : des moyens qui demandent souvent des mois voire des années pour aboutir à un résultat et, au terme de cette procédure coûteuse, le propriétaire récupère presque toujours un logement saccagé, qu’il devra remettre en état à ses frais.

Pas de doute, c’est une belle protection que la justice offre aux propriétaires…

Pourtant la loi a changé l’année dernière afin d’accélérer les procédures d’expulsion. Emmanuelle Wargon, la ministre déléguée au logement, avait même été jusqu’à claironner : « Le squat n’est plus un bon filon dans notre pays. »

Et cependant, les histoires ahurissantes de squats et de propriétaires désemparés continuent un peu partout en France. Pour une raison simple : la décision d’employer la force publique dépend toujours du préfet. Or ceux-ci ne sont pas toujours pressés d’expulser les voleurs de domicile et se réfugient trop souvent derrière le « risque de troubles à l’ordre public ».

« Les raisons qui justifient les refus de concours de force publique sont multiples : présence de militants politiques et d’associations, absence de solution de relogement, occupants en situation de grande précarité, présence d’enfants, de femmes enceintes ou de personnes âgées… », affirme Me Romain Rossi-Landi, avocat qui défend des dizaines de propriétaires chaque année.

Bref, c’est encore et toujours la même histoire : les politiques plastronnent en disant qu’ils ont rendu les lois plus sévères, mais derrière l’administration – c’est-à-dire en définitive le gouvernement – temporise, biaise, et abandonne les Français face à la délinquance.

Enfin, il y a parfois des exceptions.

Mercredi dernier, Le Canard enchaîné révélait en effet qu’un restaurant dancing, « Le chalet du lac », situé à Saint-Mandé, dans le bois de Vincennes, avait fait l’objet de près de 200 contrôles l’année passée.

La raison ? Ce restaurant est situé à proximité du domicile d’Emmanuelle Wargon, qui habite une maison à Saint-Mandé et qui se serait plainte du bruit émanant de l’établissement.

Alors là, la Préfecture de Police y a été à fond : contrôles d’identité, de stationnement, contrôles d’hygiènes ou des nuisances sonores, même la brigade de répression du proxénétisme, tout a été essayé. En vain puisque l’établissement est parfaitement en règle.

Comme quoi, un préfet peut agir avec rapidité et décision lorsqu’il s’agit de préserver le confort d’un ministre.

Mais pour les Français ordinaires, c’est autre chose. Là, on verra la justice se soucier du bien-être psychologique des squatteurs.

Combien de temps allons-nous encore tolérer cela ?

Avec tout mon dévouement,

  Axelle Theillier de l'IPJ
  Axelle Theillier
Présidente de l’Institut pour la Justice





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