Deux poids deux mesures – Selon que vous serez puissant ou misérable…

Cette lettre a été envoyée aux adhérents de l’Institut pour la Justice le 8 février 2022.

 

Deux poids deux mesures – Selon que vous serez puissant ou misérable…

Axelle Theillier de l'IPJ Chère Madame, cher Monsieur,

C’est une affaire, hélas, terriblement banale. Une de ces histoires de violence gratuite dont les journaux sont désormais pleins.

Mais c’est aussi une affaire qui met en pleine lumière le « deux poids deux mesures » si insupportable et que nous ne cessons de dénoncer.

Tout commence le 14 novembre 2020. Un jeune homme habitant Saint-Nazaire et âgé de 21 ans marche tranquillement dans la rue. Soudain, comme le rapporte l’Écho de la presqu’île guérandaise, une camionnette blanche s’arrête à sa hauteur.

À l’intérieur, plusieurs hommes. L’un d’entre eux demande une cigarette au promeneur. « Je ne fume pas », répond celui-ci. Mais l’autre insiste, lourdement. Alors le jeune promeneur finit par s’énerver et répond vertement : « Je n’ai pas de clopes, je ne vais pas t’en chier une ! »

C’est évidemment le prétexte qu’attendait l’homme dans la camionnette : une « bonne excuse » pour pouvoir tabasser sa victime.

Il se rue hors de la camionnette et se jette sur le jeune nazairien. Les coups pleuvent, le jeune homme s’effondre. Il est encore frappé à terre, à coup de pied, puis l’homme s’enfuit, non sans avoir volé son blouson au jeune homme, prostré sur le sol.

Le médecin diagnostiquera dix jours d’ITT et, surtout, le jeune homme souffre aujourd’hui d’une baisse irréversible de son champ visuel.

La police finit par mettre la main sur l’agresseur. Qui, bien entendu, nie tout en bloc : « Ça ne peut pas être moi, c’était le confinement, je ne sortais pas ! », affirme-t-il. Ce qui est un pur mensonge, puisque le bornage de son téléphone a révélé qu’il était bien là au moment où l’agression a eu lieu.

L’agresseur n’est pas un inconnu de la justice, puisqu’il a déjà été condamné trois fois depuis 2018. Et en plus, il ne s’est même pas donné la peine de se présenter à l’audience du tribunal correctionnel, le 28 janvier de cette année.

Mais qu’importe : il peut compter sur la compréhension du procureur, Mathilde Defretin, qui explique qu’il avait ce jour-là « besoin de déverser son agressivité » et qui requiert contre lui huit mois de prison avec sursis probatoire.

Rappelons qu’il encourait un maximum de 10 ans d’emprisonnement et 150 000 € d’amende.

Trois ans plus tôt, tribunal de Caen. Quatre hommes sont jugés pour avoir participé à des violences lors du mouvement des « Gilets Jaunes ». Des gendarmes avaient été caillassés et huit d’entre eux avaient reçu des ITT de un à trois jours, selon le média Tendance Ouest qui raconte l’audience.

La même magistrate du parquet est à la manœuvre et n’a pas de mots assez durs pour les manifestants, elle dénonce « une violence extrême », « rarissime ».

Les prévenus, tous présents au tribunal, disent tous regretter leurs gestes. Ils affirment ne pas avoir visé les gendarmes mais seulement leurs véhicules. Plusieurs disent avoir été « gazés » par les forces de l’ordre avant de jeter des pierres. Aucun n’est connu de la justice.

Le procureur ne veut rien savoir, selon elle « C’est une participation choisie à un mouvement violent. »

Résultats : un commis boucher au chômage de 25 ans est condamné à deux ans ferme et six mois avec sursis. Un maçon surendetté de 50 ans, père de 5 enfants, écope de dix mois ferme et huit avec sursis. Un métalleur de 30 ans, père de trois enfants, est condamné à six mois ferme et six avec sursis. Enfin, un auto-entrepreneur paysagiste de 31 ans, écope de six mois ferme et six avec sursis.

D’un côté, un multirécidiviste, auteur d’une agression totalement gratuite qui a débouché sur une infirmité permanente pour la victime, qui nie les faits avec arrogance et ne daigne même pas se présenter à l’audience.

De l’autre des gens ordinaires, qui manifestaient sans doute pour la première fois de leur vie, qui n’avaient jamais eu à faire à la justice et qui tous aujourd’hui regrettent d’avoir lancé ces pierres qui ont légèrement blessé quelques gendarmes.

D’un côté, compréhension et indulgence de la justice, qui demande une peine légère qui n’enverra pas l’agresseur en prison.

De l’autre une sévérité qui se veut exemplaire et de la prison ferme prononcée contre des gens qui n’ont absolument pas le profil de délinquants.

Comment ne pas être révolté par une telle disproportion ? Comment ne pas tirer la conclusion que la justice, aujourd’hui, ne se soucie pas de protéger les Français ordinaires mais uniquement de protéger les institutions et la classe politique ?

Ce n’est pas acceptable, et jamais nous ne l’accepterons. La justice, rendue au nom du peuple français, doit être au service des Français et pas au service d’une caste.

Avec tout mon dévouement,

  Axelle Theillier de l'IPJ
  Axelle Theillier
Présidente de l’Institut pour la Justice





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