Cette lettre a été envoyée aux adhérents de l’Institut pour la Justice le 7 octobre 2021.

 Les barbares sont dans nos rues

Un nouvel épisode de violence gratuite… et raciste

Chère Madame, cher Monsieur,

Nous sommes à Lyon, vendredi dernier. Emma, 26 ans, rentre tranquillement de soirée accompagnée de Florian, son compagnon, et d’un couple d’amis.

Ils sont gais et insouciants comme on peut l’être après avoir passé un bon moment avec ses amis. Ils sont place des Terreaux, un lieu très prisé des jeunes Lyonnais pour ses commerces et ses nombreuses terrasses et situé en plein cœur de la ville.

Que pourrait-il leur arriver ?

La suite est un déchaînement de violence. De cette violence dite « gratuite » dont le seul but est de détruire celui qui en est l’objet.

« Je marchais avec ma une copine, nos copains respectifs se trouvaient à une trentaine de mètres devant nous », explique Emma dans le journal Actu Lyon. « J’ai été abordée par deux jeunes hommes que je qualifierais de racailles. L’un d’eux m’a accostée et a commencé à me draguer lourdement. »

Emma le repousse, et Florian s’interpose avec vigueur. Mais les agresseurs ne désarment pas, bien au contraire.

Ils continuent à suivre les quatre jeunes gens et l’un d’eux hurle dans la rue des « Nique-lui bien sa mère à ce fils de p… de Blanc ! ».

« Je pense qu’il faisait ça pour rameuter d’autres jeunes qui zonaient dans le quartier », suppose Emma. De fait, le groupe de poursuivants grossit à vue d’œil, de deux, il passe à une dizaine.

Et c’est l’attaque, en meute. Florian est jeté à terre, battu sauvagement à coups de pieds et de poings.

« Certains le frappaient et je suis sûre qu’ils ne savaient même pas pourquoi. C’était un véritable effet de meute, un acharnement gratuit, on aurait dit qu’ils voulaient juste casser du Blanc (sic) », raconte Emma, bouleversée.

Une fois le passage à tabac accompli, le groupe d’agresseurs se disperse aussi vite qu’il s’était formé.

Bien évidemment, les amis d’Emma appellent immédiatement la police. En vain. « Ils n’arrivaient pas. Je les ai rappelés au bout de 20 minutes, précise Emma. Cinq minutes à attendre avant d’avoir une réponse au bout du fil. Les pompiers étaient déjà sur place. »

Lorsque les policiers arrivent, Emma s’attend à les voir rechercher les agresseurs qui, probablement, ne sont pas allés bien loin.

Mais non. Rien ne se passe.

« Les policiers n’ont pas pris notre plainte en direct, ils nous ont invités à le faire ultérieurement. J’ai l’impression, à les entendre, qu’il y avait une très grande lassitude chez eux. Les pompiers nous ont dit que ça arrivait quasiment tous les soirs. »

Florian n’a sans doute pas été surpris de cette réaction des policiers.

Il y a quatre ans il avait déjà été agressé par un autre groupe de « jeunes ». Il avait déposé plainte, mais on lui avait expliqué que les caméras de vidéosurveillance étaient de trop mauvaise qualité pour identifier qui que ce soit.

« Au final les agresseurs n’ont jamais été retrouvés. C’est à croire que porter plainte ne sert à rien », conclut Emma, amère.

Des témoignages révoltants, comme celui-là, la presse et les réseaux sociaux en sont désormais pleins.

Il y a deux ans, je vous avais parlé de Laura Calu, une jeune artiste qui avait raconté, dans une vidéo devenue virale, l’agression dont elle et son compagnon avaient été victimes dans les rues de Paris.

Les circonstances étaient exactement les mêmes que dans le cas d’Emma et Florian : la nuit, les insultes sexistes, le compagnon qui s’interpose, la violence qui se déchaîne en meute, l’impuissance des policiers blasés, les agresseurs jamais retrouvés…

Le psychiatre Maurice Berger, l’un des meilleurs spécialistes français de la violence des adolescents, faisait remarquer dans le Figaro, il y a un peu plus d’un an :

« J’observe une “nouvelle” forme de violence de plus en plus fréquente : des individus sortent seuls ou en groupe, parfois armés d’un couteau, avec l’envie de se battre et vont chercher n’importe quel prétexte pour le faire, comme un refus prévisible de cigarette. Dans les centres de jeunes délinquants où j’ai travaillé, on m’a rapporté fréquemment une méthode consistant à ennuyer une jeune fille en l’insultant et en commençant à la toucher, si bien que son compagnon ou un témoin est obligé de s’interposer, ce qui donne un “motif” pour le frapper, comme si c’est lui qui avait commencé. »

« Je ne me sens plus la bienvenue dans ma propre ville », constate Emma.

Ce constat, de plus en plus de Français le partagent. La violence qui enfle et qui gagne progressivement tout le territoire fait d’eux des étrangers dans leur propre ville, dans leur propre pays.

Sur sa page Facebook, Emma a posté ce message qui traduit sa révolte :

« Aujourd’hui en France, la police est tellement en sous-effectif qu’il leur faut 5 minutes pour répondre au téléphone.

Aujourd’hui en France, il vaut mieux ne pas réagir au harcèlement de rue pour éviter de se prendre des coups.

Aujourd’hui en France, des lois existent, mais ne peuvent nous protéger tant on a peur de les faire valoir.

Aujourd’hui en France, on m’a dit que je n’aurais pas dû réagir, pour éviter ce type de conséquence.

Aujourd’hui en France, quand on est une femme, on doit baisser les yeux face aux insultes, parce que la police n’arrive jamais assez vite.

Aujourd’hui en France, on se fait insulter parce qu’on est blanc.

Aujourd’hui en France, on choisit la lâcheté. On préfère éviter et ignorer plutôt que de sanctionner
 ».

Tout est dit. Oui, aujourd’hui, nous en sommes là.

Avec tout mon dévouement,

Axelle Theillier
Présidente de l’Institut pour la Justice



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