Le ministre du sentiment d’insécurité – Contre toute attente, il a été maintenu à son postetre l’Etat !

Cette lettre a été envoyée aux adhérents de l’Institut pour la Justice le 25 mai 2022.

 

Le ministre du sentiment d’insécurité – Contre toute attente, il a été maintenu à son poste

Axelle Theillier de l'IPJ Cher ami de l’Institut pour la Justice,

Vendredi dernier, Elisabeth Borne a dévoilé le nouveau gouvernement de notre pays.

Annoncé avec plusieurs semaines de retard, il était attendu, et notamment à l’Institut pour la Justice.

Non pas que nous espérions un grand changement, non.

Mais un nouveau ministre signifiait un tout petit peu d’espoir que ce ministre de la Justice change son fusil d’épaule et mette enfin en œuvre un peu de fermeté.

Pour être tout à fait honnête, j’étais persuadée qu’Éric Dupond-Moretti serait remplacé.

Et bien oui… Éric Dupond-Moretti collectionne les défaites au ministère et tout pointait vers un départ.

Un ministre applaudi par les voyous…

Sa nomination remonte à l’été 2020.

Le fameux « été meurtrier » qui a vu la mort de Philippe Monguillot, chauffeur de bus à Bayonne, la mort d’Axelle Dorier, jeune femme trainée sur 800m à Lyon, ou la mort d’une jeune gendarme percutée par un véhicule à toute allure sur l’autoroute…

Grand avocat, un des plus célèbres de France, il avait lancé son ministère sous le signe de « l’antiracisme et des droits de l’Homme », début juillet 2020 dans son discours d’intronisation.

Personnellement, je n’ai rien contre l’antiracisme et les droits de l’Homme. Au contraire, je pense que ce sont de belles valeurs.

Mais, souvent, ceux qui les brandissent à bout de bras ont des idées derrière la tête. Toujours les mêmes idées : la culture de l’excuse, le laxisme, l’absence d’autorité.

Méfiance, donc…

Continuant sur cette lancée, le jour même, le nouveau Garde des Sceaux était allé se faire applaudir à la prison de Fresnes.

Pour cet ancien avocat pénaliste, c’était presque prévisible. Mais malgré tout, quel symbole…

Puis, les choses se sont gâtées pour le ministre. À cette époque, il était encore très sûr de lui, et il avait lancé une première brouille avec le ministre de l’intérieur, Gérald Darmanin.

Alors que ce dernier évoquait « l’ensauvagement d’une partie de la société », Éric Dupond-Moretti avait dit qu’il regrettait l’usage de ce mot.

Et, lentement, la situation du ministre a continué à se détériorer…

Le sentiment qu’on se moque de nous.

Peu de temps après, dans une interview à Europe 1, Éric Dupond-Moretti aura cette phrase ahurissante : « le sentiment d’insécurité, c’est de l’ordre du fantasme ».

Malgré la multiplication par 7 du nombre d’agressions en 40 ans, Éric Dupond-Moretti avait osé parler de fantasme.

J’aurais aimé le voir dire cela à Véronique Monguillot, la veuve de Philippe, chauffeur de bus à Bayonne.

Ou aux parents d’Axelle Dorier, trainée sur 800 mètres par deux criminels, et qui est morte la jambe arrachée, alors qu’elle fêtait son anniversaire.

Il aurait aussi pu dire cela aux parents de la jeune fille de 17 ans, violée dans l’Isère par un détenu libéré à l’avance par l’État en raison du Covid.

Dans la même interview, Éric Dupond-Moretti ajoute que « la France n’est pas un coupe-gorge »…

Je continue ma chronologie.

En juillet 2021, le média Mediapart révèle que le ministre du sentiment d’insécurité a omis de déclarer 300 000€ à l’autorité de la transparence.

Sa bonne foi est reconnue, mais le coup est rude…

Parallèlement, Éric Dupond-Moretti élabore un projet de loi « pour la confiance dans la Justice » (il y a un grand projet de loi à chaque ministre. Résultat : personne n’a le temps de comprendre la loi, qu’elle change déjà…).

Ce projet de loi avait d’abord semblé encourageant à l’Institut pour la Justice. Le ministre disait que les Français ne pouvaient comprendre tous les aménagements de peine.

Malheureusement, en fouillant de plus près dans le projet de loi, l’Institut pour la Justice avait été le premier à lever un lièvre :
  Oui, les remises de peines « automatiques » allaient être supprimées.
  Mais parallèlement, la possibilité d’accorder d’autres remises de peines allait être drastiquement augmentée.
  Oui, le rappel à la loi serait supprimé.
  Mais il serait remplacé par une copie quasi conforme.

Bref, une fois de plus, on nous promet la fermeté et, au final, nous écopons d’encore plus de laxisme.

Du jamais-vu…

Il faut également revenir sur un autre sujet.

Depuis son arrivée, Éric Dupond-Moretti est très mal vu par la magistrature. En effet, depuis toujours, une rivalité existe entre avocats et magistrats.

Non pas que les uns soient moins laxistes que les autres, mais l’exercice de leur métier les pousse parfois à entrer en conflit.

Les avocats trouvent les magistrats trop sévères avec les délinquants (on croit rêver…), et les magistrats n’apprécient pas les critiques des avocats dans la presse.

Pour être honnête, ce conflit ne nous regarde pas, mais il donne une très mauvaise image de la Justice.

Et puis, les choses sont allées très loin.

Les magistrats reprochent entre autres au ministre :
  d’avoir voulu faire le ménage parmi les magistrats, pour écarter ceux qu’il n’appréciait pas.
  d’avoir demandé l’assouplissement des conditions de détention des assassins du préfet Érignac, qu’il avait défendus en tant qu’avocat.
  d’avoir ouvert une enquête administrative contre des magistrats du parquet national financier…

Et, le 16 juillet 2021, Éric Dupond-Moretti est mis en examen pour prise illégale d’intérêt.

Un ministre de la Justice en exercice mis en examen, c’est tout simplement du jamais-vu.

Il n’est pas sûr du tout qu’Éric Dupond-Moretti soit condamné. D’ailleurs l’enquête piétinerait selon mes sources.

Mais quelle image pour la Justice ?

Derrière EDM, il y a EM…

Alors, après tous ces échecs, j’imaginais qu’Emmanuel Macron regrettait son choix.

J’imaginais qu’il avait nommé Éric Dupond-Moretti ministre pour le « buzz », mais j’imaginais qu’il le regrettait et qu’il nommerait un nouveau ministre.

Ce qui aurait aussi expliqué que, depuis 1 an, Éric Dupond-Moretti est complètement transparent.

Il ne s’exprime pas dans les médias, il n’est pas intervenu dans la campagne présidentielle, bref, il se fait tout petit.

Mais je m’étais trompé. Emmanuel Macron ne regrette pas son choix.

En réalité, Éric Dupond-Moretti et lui sont exactement sur la même longueur d’onde : réinsérer les délinquants, ne pas les emprisonner, ne pas les punir et sacraliser à excès la présomption d’innocence.

Par contre, pour les victimes, rien. Toujours rien…

5 ans de plus ?

En conclusion, Éric Dupond-Moretti est un mauvais ministre de la Justice, mais ça vous le saviez déjà.

Mais malheureusement, nous avons été habitués à des ministres si mauvais qu’Éric Dupond-Moretti n’est pas plus mauvais que sa prédécesseur Nicole Belloubet, ou que les précédents ministres de la Justice.

En effet, la quasi-totalité des ministres de la Justice depuis le début des années 2000 ont contribué au laxisme judiciaire que nous connaissons aujourd’hui.

Éric Dupond-Moretti ne fera rien pour améliorer la Justice. Il continuera dans la ligne droite de tous ses prédécesseurs, avec les scandales en plus.

Bref, vivement que les choses changent.

Et si nous pouvons accélérer le mouvement, nous le ferons.

Vous le pouvez, en soutenant la plainte de l’Institut pour la Justice contre l’État français pour « inaction sécuritaire ». Vous pouvez la signer ici.

Avec tout mon dévouement,

  Axelle Theillier de l'IPJ
  Axelle Theillier
Présidente de l’Institut pour la Justice

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