« Je n’ai pas baissé les yeux » – Le prix du courage

Cette lettre a été envoyée aux adhérents de l’Institut pour la Justice le 27 janvier 2022.

 

« Je n’ai pas baissé les yeux »
Le prix du courage

Axelle Theillier de l'IPJ Chère Madame, cher Monsieur,

Ce samedi 1er janvier, David promène son chien sur le chemin de l’Ilette, à Rezé, un sentier bucolique et pittoresque bien connu des habitants de l’agglomération nantaise, qui viennent souvent y randonner en famille.

En arrivant vers le stade de la Robinière, David croise un groupe de trois hommes, âgés d’une vingtaine d’années. Machinalement, David leur dit bonjour. Il ne les connaît pas mais il est juste poli. Un Français comme vous et moi qui se promène tranquillement un jour férié.

Il est à mille lieues de soupçonner ce qui va lui arriver.

Le chien de David est un chiot de sept mois, un peu « tout fou », qui gambade joyeusement à ses côtés.

En passant à côté des trois hommes, l’animal pose une patte sur l’un d’entre eux. Rien de bien grave.

Mais, immédiatement, les trois hommes saisissent ce prétexte pour agresser David.

Ils l’insultent, le menacent. Lui disent qu’ils vont lui casser la tête.

David est stupéfait. Le prétexte est tellement futile, tellement incompréhensible…

Mais il n’est pas du genre à se laisser intimider. C’est un capitaine au long cours, qui a beaucoup bourlingué et qui a déjà connu le danger.

Alors il fait face. « Je n’ai pas baissé les yeux », explique-t-il au journal Ouest-France, « On s’est retrouvé front contre front. »

Un homme qui n’a pas peur, c’est insupportable pour les voyous. Alors ils frappent.

David prend un coup de poing à la tempe, qui le met à moitié KO.

Il est 16 h, en ce premier jour de l’année. Il n’y a personne pour lui venir en aide. « Les minutes ont été longues. Ils ont cherché à me mettre au sol mais j’ai résisté », reprend-il. « Je savais qu’il ne fallait pas que je tombe, ça aurait été encore plus grave. »

Alors David encaisse les coups, qui pleuvent, interminablement.

Mais, brusquement, ses agresseurs décident de partir. Ils jurent qu’ils vont chercher des armes et revenir pour tuer David. Puis disparaissent.

Fort heureusement, le trio de brutes ne reviendra pas. David reste seul, hébété, le visage tuméfié, et gravement blessé.

Transporté peu après au CHU de Nantes, David doit se faire poser une plaque sur le plancher orbital, pour éviter que son œil s’affaisse, tant l’os est en miettes…

Aujourd’hui, il ne sait pas encore s’il ne va pas garder des séquelles définitives au niveau de la vue.

« Pour mon travail, c’est important. Si le médecin du travail me déclare inapte, c’est trente et un ans de ma vie qui s’effondreront. Ce métier passion, que j’exerce à Saint-Nazaire, va peut-être s’arrêter. », se désole-t-il.

Et surtout il y a la crainte que ses agresseurs, qui n’ont pas été retrouvés, ne s’en prennent à nouveau à lui.

« J’ai peur », avoue-t-il. « Pas tant pour moi, mais pour ma femme, ma fille. J’étais face à des individus qui m’ont dit qu’ils allaient revenir me tuer. Et s’ils décidaient de le faire ? J’ai déposé plainte mais je sais que ça va être compliqué pour la police. »

Alors David et son épouse, qui habitent depuis treize ans à Rezé, ont décidé de déménager.

« On avait déjà ce projet, mais on va l’accélérer », explique Isabelle, sa femme.

Dans une lettre ouverte envoyée à la presse locale, elle revient sur les raisons de ce départ. « Depuis deux ans, les incivilités s’accumulent. (…) Nous avons le sentiment d’être abandonnés, non entendus malgré nos demandes récurrentes. Oui, nous aimons notre lieu de vie mais pas à n’importe quel prix. »

Pour les victimes, comme David, c’est encore une fois la double peine.

Il y a l’agression, les blessures. Et puis la peur qui reste. La vie qui ne sera plus jamais la même. Le quartier que l’on est obligé de quitter, parce qu’on sait bien que, même si les agresseurs sont arrêtés, la justice ne les gardera pas bien longtemps en prison.

Encore heureux, d’ailleurs, si elle les envoie en prison !

Dans sa dernière circulaire, Éric Dupond-Moretti, le garde des Sceaux, demande aux magistrats de recourir le plus possible à des « mesures alternatives à la prison » plutôt que d’incarcérer les délinquants, à cause de la surpopulation carcérale.

Rien de nouveau sous le soleil de la justice française, ou plutôt de l’injustice française.

Mais, comme David, comme d’innombrables Français, jour après jour, nous ne baisserons pas les yeux.

Car la peur doit changer de camp, et elle finira par changer de camp. Au nom de l’Institut pour la Justice, je vous le promets.

Il n’y a pas de fatalité à la délinquance et à l’insécurité. Ensemble, nous pouvons faire la différence.

Si nous n’agissons pas, qui le fera ?

Avec tout mon dévouement,

  Axelle Theillier de l'IPJ
  Axelle Theillier
Présidente de l’Institut pour la Justice

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