Cette violence gratuite qui, parait-il, n’existe pas

Cette lettre a été envoyée aux adhérents de l’Institut pour la Justice le 28 octobre 2021.

 

Chère Madame, cher Monsieur,

« La violence gratuite n’existe pas », prétendent certains.



Ce serait « un fantasme » une « invention de l’extrême-droite », tout comme l’ensauvagement.

Car, c’est bien connu, l’insécurité est un sentiment et, comme le dit notre ministre de la Justice, « La France n’est pas un coupe-gorge ».

Pourtant, tous les jours, des Français ordinaires sont confrontés à cette violence gratuite qui « n’existe pas ». Parfois même ils en meurent et, s’ils en réchappent, grâce à l’habileté des médecins, combien restent traumatisés à vie ?

Il suffit de se pencher sur la presse régionale pour en trouver des exemples toutes les semaines.

Prenez par exemple ce qui est arrivé à Teddy Hamelin, dans la nuit du 8 au 9 octobre, à Romans-sur-Isère.

« Il était entre 2 h 30 et 3 heures du matin », raconte Teddy Hamelin au journal Le Dauphiné. « J’étais en voiture avec un ami qui habite le quartier de la Monnaie. (…) » Teddy dépose son ami à proximité d’un groupe de jeunes hommes que ce dernier lui a présenté comme « des potes ».

« J’ai dit bonjour à tout le monde par politesse », poursuit Teddy. « Ils étaient six et avaient à peu près entre 24 et 27 ans. Dès que j’ai commencé à les saluer, ils me regardaient de travers et me disaient : “Fais pas le chaud”. Je suis resté calme et leur ai dit : “Vous êtes des amis de mon ami, je ne vous agresse pas”. Là, un autre arrive et lance : “S’il fait le chaud, on va lui n***** sa mère”. (…) L’un d’eux est arrivé sur le côté et m’a mis un coup de bouteille sur la tête qui m’a ouvert le crâne. »

Teddy est un solide gaillard, un professionnel de MMA, un art martial réputé parmi les plus durs. Mais, attaqué par surprise et seul contre six, il ne peut pas se défendre.

La suite est d’une brutalité inouïe. Ses agresseurs le frappent à terre, encore et encore, ils s’acharnent sur lui.

Aujourd’hui Teddy est à l’hôpital avec le bassin fracturé. Ses blessures ne représentent pas moins de 90 jours d’incapacité temporaire de travail (ITT).

« J’aurais pu finir handicapé ou mort » dit-il, « Ce sont des animaux, pas des êtres humains. »



Le lendemain, à Rennes.

Marie, 25 ans, est venue de Vannes avec quatre amis pour passer le week-end. Dans la nuit du samedi au dimanche, à 1 heure du matin, le groupe veut se rendre en discothèque. En passant sur la dalle du Colombier, un centre commercial bien connu des Rennais, un groupe d’une quinzaine d’hommes insulte les cinq jeunes gens.

« Ils nous demandaient de baisser les yeux. Ils étaient alcoolisés et semblaient vivre à la rue », raconte Marie au journal Le Télégramme. « On a continué d’avancer. Il n’y a pas eu d’échanges de paroles. Par-derrière, ils s’en sont pris aux deux garçons. Ils les ont tabassés. »

« On a essayé comme on a pu de sauver nos copains. Mais face à 15 gars, c’est impossible », poursuit-elle, encore bouleversée.

À quelques dizaines de mètres, le responsable de la sécurité de la discothèque entend des cris. « Je vois six ou huit gars courir derrière un jeune et lui faire un croche-pied pour le faire chuter », raconte-t-il. « En six secondes, ils lui tombent dessus. L’un lui frappait la tête au sol avec son pied, comme un penalty, d’autres lui ont cassé des bouteilles sur le crâne, dont une alors qu’il était K.O au sol, inerte ».

L’équipe de sécurité de la boîte de nuit met heureusement les agresseurs en fuite : « Si on n’était pas là, ils le tuaient. »



Une semaine plus tard, à Rouen.

Il est 1 heure du matin dans la nuit du dimanche au lundi. Un jeune couple traverse la place de la cathédrale lorsque, surgis de nulle part, trois individus se jettent sur eux sans raison.

Profitant de la surprise, deux des agresseurs font une « balayette » à l’homme du couple, qui se retrouve à terre. Il est instantanément roué de coups de pied au niveau du corps et de la tête.

Heureusement l’intervention de sa compagne fait s’éloigner les agresseurs. Mais l’un d’eux se ravise et revient sur ses pas pour essayer de lui voler son sac à main alors qu’elle est en train d’essayer de porter secours à son ami, qui gît inanimé sur le sol !

C’est alors qu’un sans-domicile fixe qui dormait à proximité lâche son chien sur le voleur, qui s’enfuit cette fois sans demander son reste.

L’homme agressé a été transporté dans un état grave au Centre hospitalier universitaire de Rouen.

À chaque fois le mode opératoire est le même : des agresseurs en supériorité numérique, qui attaquent par derrière ou par surprise et qui tabassent leur victime à terre. Pas pour la voler ou pour se venger de quelque chose qu’elle leur aurait fait : juste pour le plaisir de la violence.

C’est ça, la violence gratuite.

Trois exemples en moins de dix jours. Trois exemples parmi combien d’autres ?

En 2020, les forces de l’ordre ont enregistré plus de 260 000 coups et blessures volontaires sur personnes de plus de quinze ans, soit plus de 700 par jour. Sachant par ailleurs que seule une victime sur quatre porte plainte…

La violence gratuite, n’importe qui peut en être victime n’importe quand, puisque les victimes ne connaissent jamais leurs agresseurs et que rien ne permet de prévoir le déferlement de violence.

Combien d’entre nous ont peur pour leurs enfants lorsque ceux-ci vont à des soirées avec leurs amis ? Ou bien lorsqu’ils rentrent tard de leurs cours ou de leur travail ?

Et combien de temps encore allons-nous avoir peur ainsi ?

Avec tout mon dévouement,

  Axelle Theillier de l'IPJ
  Axelle Theillier
Présidente de l’Institut pour la Justice



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