J’ai senti mes os craquer … je me suis vue mourir

Cette lettre a été envoyée aux adhérents de l’Institut pour la Justice le 2 mars 2022.

 

« J’ai senti mes os craquer… je me suis vue mourir » – Une peine scandaleusement insuffisante

Axelle Theillier de l'IPJ Chère Madame, cher Monsieur,

Nous sommes à Hellemmes, dans la banlieue de Lille, le 4 février dernier. La journée commence à peine, il est 6 heures du matin. Un équipage de police prend son service.

L’un des agents est une très jeune femme : tout juste sortie de l’école de police, elle est encore gardienne de la paix stagiaire et a été affectée à Lille depuis à peine six mois. Appelons-la Marie.

Elle découvre avec enthousiasme la réalité de cette profession qu’elle a toujours rêvé d’exercer, avec ses joies, ses contraintes, ses déceptions, ses réussites. Mais, en cette froide matinée de février, Marie va aussi découvrir brutalement ses dangers, ses souffrances, et le peu de cas que la justice fait de la vie des policiers.

Marie et ses collègues croisent une voiture qui roule tous feux éteints. À bord, les agents voient que la passagère n’a pas bouclé sa ceinture et qu’elle manipule un ballon, comme si elle était en train d’inhaler du protoxyde d’azote.

Immédiatement les policiers actionnent leurs avertisseurs lumineux et sonores pour faire comprendre à la voiture qu’elle doit s’arrêter.

Mais le conducteur, Jamel El Hihi, n’a aucune intention d’obtempérer. Il accélère et tente d’échapper aux policiers.

Dans sa course, il se retrouve finalement coincé dans une impasse. Les policiers sortent de leur véhicule pour procéder à l’interpellation. Marie se dirige vers la portière du passager.

Mais, soudain, elle entend que le conducteur vient d’enclencher la marche arrière. « J’ai croisé son regard dans son rétroviseur intérieur. Je me suis dit “il m’a vu” », explique-t-elle au journal La Voix du Nord.

Marie comprend en un éclair ce qui va se passer mais n’a pas le temps d’esquisser le moindre geste pour se protéger.

Le choc est brutal. La jeune stagiaire est propulsée au sol, tandis que la voiture lui roule dessus.

Mais ce n’est pas terminé, car Jamel El Hihi revient à la charge !

« J’ai fait quelques tonneaux en dessous du véhicule, j’ai entendu qu’il passait la marche avant, il m’est repassé dessus, j’ai senti mes os craquer. J’étais tétanisée, je me suis vue mourir » a témoigné Marie devant le tribunal, depuis son fauteuil roulant.

Un des collègues de Marie sort alors son arme de service et fait feu. La voiture s’arrête enfin et ses deux occupants sont interpellés.

Marie est immédiatement prise en charge par le SMUR puis transportée à l’hôpital. Elle souffre de nombreuses fractures au niveau des jambes et du bassin mais, par miracle, elle ne devrait pas rester handicapée à vie.

Jamel El Hihi est jugé en comparution immédiate trois semaines plus tard. À 27 ans, l’homme est un récidiviste, déjà condamné cinq fois. Le soir où il a foncé sur Marie, il était en état d’ivresse.

Devant le tribunal, il conteste tout. Il prétend qu’il n’a pas vu la policière. « Je pensais que je roulais sur la bordure, je n’ai pas voulu l’écraser, je ne suis pas fou pour faire ça… » assure-t-il, en totale contradiction avec les faits.

Son avocat va même jusqu’à demander l’annulation de toute la procédure au motif que la garde à vue de son client aurait été notifiée trop tard.

Heureusement, le tribunal ne le suit pas et condamne finalement Jamel El Hihi à… trois ans de prison ferme et un an avec sursis.

Jamel El Hihi était jugé pour « violences sur personne dépositaire de l’autorité publique avec arme en état d’ivresse » et « refus d’obtempérer aggravé ». Rien que pour le premier chef d’accusation, il encourrait 10 ans de prison et 150 000 euros d’amende, selon le code pénal.

Au lieu de cela, seulement trois ans fermes. Ce qui veut dire que, compte tenu des remises de peines, ce multirécidiviste sera libre d’ici un an et demi, deux ans.

Aujourd’hui, Marie est dans un fauteuil roulant. Ce matin du 4 février, elle aurait pu mourir. Elle s’est vue mourir. Marie est un fonctionnaire dépositaire de l’autorité publique.

Mais, malgré tout cela, le tribunal a jugé que Jamel El Hihi ne méritait pas de passer plus de deux ans en prison.

Je n’ai pas peur de le dire : cette peine est scandaleusement dérisoire.

Elle est une injure pour tous les agents qui, comme Marie et ses collègues, risquent leur vie tous les jours pour nous protéger. Et elle nous met tous en danger.

Car ce n’est pas la prison qui est l’école du crime, comme le répète une certaine bien-pensance, c’est l’impunité et le laxisme.

À l’Institut pour la Justice, nous le disons depuis longtemps : aujourd’hui, la justice crée l’insécurité.

Des décisions comme celle-là ne font que conforter notre diagnostic, et notre détermination à obtenir cette réforme radicale de la justice à laquelle l’immense majorité de Français aspire.

Avec tout mon dévouement,

  Axelle Theillier de l'IPJ
  Axelle Theillier
Présidente de l’Institut pour la Justice





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