Harcelée depuis la prison – Les délinquants ne craignent pas la justice

Cette lettre a été envoyée aux adhérents de l’Institut pour la Justice le 17 février 2022.

 

Harcelée depuis la prison – Les délinquants ne craignent pas la justice

Axelle Theillier de l'IPJ Chère Madame, cher Monsieur,

Cette nuit-là, Assia a très mal dormi. Deux hommes ont tambouriné violemment à sa porte à plusieurs reprises et elle n’a trouvé le sommeil qu’en début de matinée.

La jeune femme de 20 ans habite seule dans un appartement du XVIIe arrondissement de Paris, dans le quartier des Batignolles, et elle craint de savoir ce que lui voulaient ces hommes qui l’ont harcelée toute la nuit…

Il est dix heures et demie, ce dimanche 16 janvier, lorsque les aboiements répétés de son petit chien réveillent Assia.

Encore mal réveillée, elle s’approche de la porte d’entrée et ressent une forte chaleur qui vient du palier. Elle s’aperçoit alors avec horreur que le feu est en train de dévorer la cage d’escalier et que des flammèches passent déjà sous sa porte.

Fort heureusement les pompiers ne tardent pas à arriver et parviennent à maîtriser l’incendie. Leur conclusion est sans appel : le feu a été déclenché volontairement.

Immédiatement, Assia pense à Samba.

Samba est son ex-petit ami et, depuis juillet 2020, il est incarcéré à la prison de la Santé pour les violences conjugales qu’il lui a fait subir.

Seulement voilà, depuis le début de sa détention, cet homme de 21 ans semble disposer de plusieurs téléphones et ne cesse de la contacter, de jour comme de nuit, pour l’insulter ou la menacer, comme le rapporte le journal Le Parisien.

Pire, Samba, depuis sa cellule, passe des ordres à ses proches pour qu’ils s’en prennent à Assia.

C’est lui qui a envoyé son frère et un complice pour harceler la jeune femme pendant la nuit. Le frère de Samba lui aurait promis de lui « raser le crâne », de lui « jeter de l’acide », de la rendre « handicapée à vie » et même de la « brûler vive ».

Dans les heures qui précèdent l’incendie, Samba a passé près d’une centaine d’appels à Assia et l’a menacée de mort.

Et les enquêteurs découvrent rapidement que c’est lui qui a commandité l’incendie.

Le pyromane se nomme Brehima T., il est animateur auprès de jeunes enfants et ami du frère de Samba.

Depuis la prison de la Santé, Samba a guidé son complice pour rentrer dans l’immeuble en passant par le local à poubelles. Sur le chemin du retour, à bord d’un taxi qu’il a commandé à l’adresse exacte de la victime, ce dernier aurait même livré le compte rendu de ses actes à son commanditaire.

Manifestement, être en prison ne gène pas beaucoup Samba pour continuer à commettre ses méfaits !

Mieux, ou pire, alors que l’enquête initiale était de nature criminelle, la Justice décide de déqualifier les faits en délit estimant que l’intention d’homicide ne serait pas suffisamment caractérisée !

La peine encourue est donc trois fois moindre.

Très maigre consolation pour Assia, elle est désormais détentrice d’un téléphone « grave danger » qui permet théoriquement d’alerter rapidement les secours lorsqu’une victime de violences conjugales se sent menacée.

Mais Samba ne semble pas décidé à arrêter de la harceler. Les deux téléphones qu’il avait en prison lui ont été confisqués, mais début février Assia a reçu sur Snapchat un message inquiétant provenant d’un compte anonyme : « T’as gagné la bataille mais t’as pas gagné la guerre. Ça ne peut pas se terminer comme ça. »

Allons-nous prochainement apprendre dans les journaux la mort d’Assia, tout comme, par exemple, celle de Bouchra, assassinée le 27 novembre dernier par son ex-mari tout juste sorti de prison ? Bouchra disposait aussi d’un téléphone « grave danger ».

Le problème, c’est que Samba ne craint absolument pas la justice. Le problème, c’est que les délinquants dans son genre ne craignent absolument pas la justice, et que la prison n’est même pas capable de les empêcher de continuer à commettre des délits.

Tous les dispositifs techniques ne changeront rien à cela.

Marlène Schiappa, la ministre déléguée chargée de la citoyenneté, peut bien partir en guerre contre le « harcèlement de rue », le premier Ministre peut bien décréter une « semaine de l’égalité entre les filles et les garçons », qui aura lieu le 8 mars prochain, tout cela sera toujours de peu de poids si la justice ne fait pas son travail.

Son travail qui est de punir les délinquants et de protéger les innocents.

Tant que la justice ne prononcera pas des peines réellement proportionnées à la gravité des actes commis, tant que les peines prononcées ne seront pas réellement exécutées, et tant que la prison ne sera pas réellement un lieu de réclusion pour les criminels, les Français ne seront pas protégés.

Les femmes pas plus que les autres, en dépit de tous les efforts spéciaux qui sont faits pour lutter contre les « violences de genre ».

Il ne sert à rien de vouloir protéger les femmes contre les violences conjugales ou les agressions sexuelles si on n’est pas déterminé à lutter efficacement contre la délinquance en général.

Et, pour le moment, nous n’en prenons pas le chemin.

Avec tout mon dévouement,

  Axelle Theillier de l'IPJ
  Axelle Theillier
Présidente de l’Institut pour la Justice





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