Devinez qui j’ai vu à la télévision ? Le pédocriminel paradait tranquillement sur le petit écran

Cette lettre a été envoyée aux adhérents de l’Institut pour la Justice le 28 avril 2022.

 

Axelle Theillier de l'IPJ Chère Madame, cher Monsieur,

Ce jour-là, Vanessa n’en a pas cru ses yeux.

Elle regardait, d’un œil un peu distrait, le journal télévisé de France2. Le thème du reportage était l’élection présidentielle et la réforme des retraites.

Soudain, parmi les personnes interviewées, Vanessa croit voir un visage qui lui est familier.

Oui, Vanessa a déjà vu cet homme quelque part. Mais où ?

Vanessa est maréchal des logis-chef et elle est affectée à la brigade de Saint-Médard-en-Jalles, une localité située à proximité de Bordeaux.

Elle fouille dans ses souvenirs professionnels, et soudain, tout lui revient !

L’homme qui passe à la télévision a été en garde à vue dans les locaux de sa brigade, en 2019. Il avait été arrêté après avoir consulté du matériel pédopornographique en se servant des ordinateurs de la médiathèque de Saint-Médard-en-Jalles. Et, lors de la garde à vue, les gendarmes avaient découvert que le suspect était inscrit sur Fijais, le Fichier judiciaire automatisé des auteurs d’infractions sexuelles ou violentes.

En effet, cet homme, de nationalité croate, avait déjà été condamné en 2014 à trois ans de prison ferme pour agression sexuelle sur mineur de 15 ans, comme le rapporte France Bleu Gironde.

Continuant à fouiller dans sa mémoire, Vanessa se rappelle que ce pédocriminel était également sous le coup d’une obligation de quitter le territoire française (OQTF) depuis 2015 !

Et pourtant, sept ans plus tard, elle constate qu’il est toujours en France, comme si de rien n’était.

Vanessa décide donc de regarder dans le fichier des personnes recherchées. Elle constate que le Croate reste bien sous le coup d’une obligation de quitter la France et qu’en plus, il ne respecte pas l’obligation faite aux personnes inscrites sur le Fijais de justifier tous les six mois de leur adresse. L’homme est donc doublement en infraction.

Vanessa contacte alors ses collègues de Roanne, là où se déroulait l’interview télévisé où est apparu le pédocriminel.

Ceux-ci interpellent rapidement l’individu, qui est jugé en comparution immédiate et condamné à quatre mois de prison ferme.

Vanessa est évidemment satisfaite d’avoir pu permettre l’arrestation d’un criminel recherché. Mais elle trouve qu’il est quand même « surprenant » qu’un homme qui se sait recherché accepte de répondre à une interview.

« Il n’a pas dû penser un instant que quelqu’un allait le reconnaître. Je trouve ça inconscient de sa part, mais le fait qu’il ait fait une erreur nous permet aujourd’hui d’en arriver là », explique-t-elle.

On peut en effet penser que cet homme s’est laissé interviewé par la télévision dans un moment d’inattention.

Mais il y a une autre explication qui est beaucoup plus plausible : après être resté en France en toute illégalité pendant plus de sept ans, ce délinquant étranger a pensé qu’il n’avait rien à craindre de notre justice et qu’il pouvait tout se permettre.

Et en effet si, par un hasard extraordinaire, Vanessa ne s’était pas trouvée devant sa télévision au moment où le reportage a été diffusé, cet homme soi-disant recherché continuerait à mener tranquillement sa petite vie en France.

On le sait bien, seules 10 à 15% des OQTF prononcées chaque année sont réellement exécutées, grand maximum.

Oui, même quand vous avez été condamné pour des faits graves.

Et à quoi sert donc le fameux Fijais, s’il est possible de manquer pendant des années à son obligation de justifier d’une adresse sans être inquiété ?

C’est un pur coup de chance si ce délinquant sexuel a pu être interpellé.

Et qu’adviendra-t-il de lui à l’issue de ses quatre mois de prison ferme ?

Théoriquement, il devrait être obligé de quitter la France.

Vous êtes sceptique ? Moi aussi.

Pourquoi cette obligation de quitter le territoire français serait-elle plus exécutée que les précédentes ?

Si ça se trouve, Vanessa croisera à nouveau la route de cet homme dans quelques années. Encore heureux s’il ne fait pas de nouvelles victimes entre temps…

Avec tout mon dévouement,

  Axelle Theillier de l'IPJ
  Axelle Theillier
Présidente de l’Institut pour la Justice





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