Des détenus ont fait une sortie au zoo ! – Bilan : une évasion

Cette lettre a été envoyée aux adhérents de l’Institut pour la Justice le 5 mai 2022.

 

Axelle Theillier de l'IPJ Chère Madame, cher Monsieur,

Lorsque j’étais enfant, personne autour de moi ne parlait jamais de ramadan, et encore moins de halal ou de hidjab.

En fait, très peu de Français connaissaient le sens de ces mots. Parce qu’il y avait encore très peu de musulmans vivant en France.

Aujourd’hui, c’est bien différent. Tout le monde ou presque sait ce que c’est que le ramadan, le halal ou un hidjab.

Et cette année, il a eu lieu du 2 avril au 2 mai.

Vous le savez sans doute aussi, bien que les médias soient beaucoup plus discrets sur le sujet : beaucoup de détenus sont musulmans, particulièrement dans les maisons d’arrêt.

Ce qui ne veut pas dire, bien sûr, que tous les détenus, ou les délinquants, sont musulmans. Bien des criminels sont français depuis des générations…

Mais, en prison, le ramadan est devenu un rituel bien établi, qui en dit long sur le laxisme qui y règne.

Il n’y a pas de statistiques officielles sur ce sujet, mais c’est devenu un secret de polichinelle. Déjà, en 2016, le sociologue Farhad Khosrokhavar estimait entre 40 et 60% la proportion des détenus de confession musulmane.

Dans son livre Prisons de France, il rapportait par exemple ces propos de la part d’un détenu « Français de souche » incarcéré à Fleury-Mérogis : « Les musulmans tiennent la prison, ni plus ni moins. (…) Je suis un Français laïc. Je me sens entouré de musulmans qui font du prosélytisme et qui mettent en cause mon côté non-croyant. Ils veulent nous convertir, et quand ils en désespèrent, ils nous traitent de mécréants. L’un d’eux me disait : “si on arrive à instaurer l’islam, des gens comme vous seront condamnés à mort !” »

Je me sens donc totalement en exil ici en plein cœur de l’Ile-de-France ! On doit l’appeler désormais l’Ile-de-l’Arabie ou l’Ile-de-l’Islamistan, comme on disait il y a quelques années Londonistan !
»

Je me suis rappelé de ce livre en voyant un reportage réalisé par France24, dans lequel les journalistes expliquaient, très sérieusement, que, pour les détenus musulmans, la rupture du jeûne une fois le soir venu (on appelle ça l’iftar) était un vrai problème, car il est difficile de retrouver en prison la même convivialité qu’à l’extérieur !

Mais, fort heureusement, les prisons françaises offrent plein de possibilités pour que le ramadan reste un moment de fête…

Le reportage précise ainsi que nombre de détenus mettent leur recettes de cuisine sur Tik-Tok, un réseau social très populaire chez les jeunes.

Un détenu de 24 ans, prénommé Adam et incarcéré en Franche-Comté, explique comme il fait :

« Le téléphone, je l’ai acheté en prison. C’est très facile d’en obtenir et d’en utiliser un. J’ai commencé à faire des vidéos sur TikTok pour partager mon quotidien et garder contact avec l’extérieur. Je fais le ramadan mais ça reste plus difficile que dehors, car on est évidemment beaucoup plus restreint dans ses options. »

« Plus restreint » : certes, on est en prison après tout. Mais beaucoup de choses sont quand même possibles, manifestement.

Déjà, se procurer un téléphone portable.

Et puis aussi, cuisiner dans sa cellule. Ce qui veut dire avoir des plaques de cuisson, des ustensiles de cuisine, et pouvoir acheter des ingrédients à la « cantine » de la prison.

Le reporter explique que certains fournisseurs, comme Sodexo, proposent des dattes, des brochettes halal, des olives et de la harissa pendant le ramadan.

C’est qu’il y a beaucoup d’argent à se faire. Comme le dit Adam : « Ici 90 % des gens font le ramadan ».

On voit sur les vidéos publiées par les détenus différents plats cuisinés appétissants.

Les pensionnaires de la plupart des EHPAD aimeraient sans doute avoir autant de choix. Et pouvoir améliorer leur ordinaire à leur guise, comme le font les détenus.

Mais ils ne peuvent pas.

La prison est devenue un centre aéré

Hier, un groupe de détenus de la prison de Valence, dans la Drôme, a eu droit à une sortie organisée.

Comme un véritable centre aéré, les détenus sont allés caresser des vaches et observer des lions en cage.

Parmi ces drôles de visiteurs, figurait notamment un homme déjà condamné pour viol sous la menace d’une arme, extorsion, infractions liées aux stupéfiants, etc…

Cet homme, précédemment condamné à 15 ans de prison, s’est éclipsé une minute pour soi-disant, aller aux toilettes.

On ne l’a plus revu.

En prison, on peut facilement se procurer de la drogue, de l’alcool, des téléphones portables, de quoi cuisiner, de quoi faire l’iftar lorsque c’est ramadan…

On comprend que, pour beaucoup de délinquants, le « choc carcéral » soit très limité.

Comme le dit un détenu originaire d’un « quartier sensible », toujours dans le livre Prisons de France :

« Au début, à dix-neuf ans, quand je suis arrivé pour la première fois en prison, je trouvais que c’était cool, la prison. J’étais à Fleury-Mérogis en D5. Des potes étaient en prison, tous les jours on délirait. Je ne sentais pas la différence entre la prison et dehors et c’était grave. »

Oui, en effet, c’est grave. Car cela signifie que la prison punit peu et dissuade peu.

Comme le dit un surveillant : « Maintenant, la prison est le passage obligé de la jeunesse des cités, ils disent : “C’est un hôtel !” Ils sont bruyants et irrespectueux. Ils nous traitent de tous les noms. »

La prison, n’est-ce pas ceux qui y sont qui en parlent le mieux ?

Avec tout mon dévouement,

  Axelle Theillier de l'IPJ
  Axelle Theillier
Présidente de l’Institut pour la Justice



PS : Le département dans lequel vous vivez est-il dangereux ? Découvrez-le en observant la carte de France de la délinquance qu’a réalisée mon équipe : https://www.institutpourlajustice.org/non-classe/notre-carte-de-linsecurite-et-de-la-delinquance/

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