Comment cet homme a-t-il pu être libéré ? – Vous n’allez pas le croire…

Cette lettre a été envoyée aux adhérents de l’Institut pour la Justice le 13 mai 2022.

 

Comment cet homme a-t-il pu être libéré ? – Vous n’allez pas le croire…

Axelle Theillier de l'IPJ Chère Madame, cher Monsieur,

C’est une histoire atroce. Une histoire doublement insupportable, car cette tragédie aurait pu être évitée, si seulement la justice remplissait correctement ses fonctions.

C’est une histoire que je vous ai malheureusement déjà racontée de très nombreuses fois, sous une forme ou sous une autre.

C’est une histoire qui se répète, encore, et encore. Et qui continuera à se répéter si rien ne change dans notre système judiciaire.

C’est l’histoire d’une jeune femme de 22 ans qui rentrait chez elle à pied, après sa journée de travail, le mercredi 27 avril, vers 22h30, à Nancy.

Soudain, un homme surgit devant elle. En un éclair, elle réalise que l’homme tient un couteau à la main, et la terreur la submerge.

L’homme se jette sur elle, la saisit et l’entraîne violemment dans un recoin obscur, à l’abri des regards.

Puis il la viole, le couteau sous la gorge.

Avant de laisser sa victime, prostrée, l’homme la menace encore : « je viendrais te tuer, toi et ta famille, si tu portes plainte ! »

Et il disparaît dans la nuit.

Rapidement alertée, la police va déployer d’importants moyens pour retrouver le criminel. Des prélèvements ADN sont réalisés sur la victime et comparés avec la base du fichier national automatisé des empreintes génétiques.

Les enquêteurs découvrent alors que le profil génétique du violeur correspond à celui d’un homme déjà condamné pour un crime abominable.

Celui qui a violé la jeune nancéenne il y a deux semaines avait poignardé à 82 reprises une femme de 79 ans, alors qu’il cambriolait son domicile, près de Dunkerque.

Pour ce meurtre d’une violence insensée, l’homme avait été condamné à 20 ans de réclusion criminelle par la cour d’assises. Cela se passait en 2010.

Oui, vous avez bien lu, en 2010.

Mais alors, comment a-t-il pu se trouver dans les rues de Nancy, un soir d’avril 2022, prêt à commettre un nouveau crime ?

La réponse vous la connaissez déjà si vous me lisez régulièrement.

L’assassin de la vieille dame bénéficiait d’une liberté conditionnelle depuis décembre 2021…

Oui, la justice avait décidé de le laisser sortir alors qu’il n’avait effectué qu’un peu plus de la moitié de sa peine en estimant que le risque de récidive était « faible ».

Dans notre système judiciaire, des cas comme celui-ci sont la règle, pas l’exception.

Stéphane Maitre, un avocat spécialisé dans la défense des victimes et l’un de nos experts a accordé une longue interview au journal Le Figaro, dans lequel il explique parfaitement pourquoi il en est ainsi.

« L’histoire se répète, car notre système en France a démultiplié les possibilités d’aménagement de peine, les a systématisés. Un condamné, y compris pour des faits gravissimes, est assuré de sortir à la moitié de sa peine. Face à la récidive, le premier réflexe est souvent de se demander pourquoi cela a pu se produire, qui est responsable. En réalité, ce sont notre système pénal et notre législation qui se sont trompés. »

« Notre législation rend quasiment systématique, voire obligatoire, l’aménagement de peine, en méconnaissance, parfois volontaire, des faits pour lesquels la personne a été condamnée. »

Sans doute vous souvenez-vous de Natacha Mougel, cette jeune femme de 29 ans, enlevée, torturée, puis tuée par Alain Penin, un jour de septembre 2010.

Devant la cour d’assises, les médecins légistes avaient indiqué que la malheureuse jeune femme avait reçu 102 coups de tournevis, provoquant « une souffrance physique extrême » pendant plus d’une heure, jusqu’au coup fatal, asséné dans l’oreille droite.

Alain Penin, son meurtrier, n’en était pas à son coup d’essai.

En 2004, il avait violé une autre jeune femme, Sylvia Peromingo. Avec un sang-froid extraordinaire, celle-ci avait réussi à persuader son agresseur de ne pas la tuer. Mais, ce jour-là, Sylvia avait « vu la mort » dans les yeux d’Alain Penin, et elle savait qu’il recommencerait un jour s’il en avait la possibilité.

Mais la justice ne l’a pas écoutée. En septembre 2009, Alain Penin bénéficie d’une libération conditionnelle. Les expertises ont conclu que le risque de récidive n’était pas avéré, le juge d’application des peines a estimé qu’il y avait « des éléments positifs » dans son dossier…

Stéphane Maitre était là, lors du second procès d’Alain Pénin. Il se souvient parfaitement.

« Dans l’affaire Natacha Mougel, j’avais fait citer celui qui avait expertisé Penin. Le condamné rencontrait l’expert le matin, et allait faire ses repérages pour des viols l’après-midi. Je m’aperçois avec l’expérience que j’ai de ces affaires, qu’en réalité c’est assez facile de duper un expert. »

Et il conclut :

« Le système qui garantit l’absence de récidive pour les profils graves comme celui-ci, c’est le maintien en prison et l’application totale ou majoritaire de la peine. »

Les victimes, comme Natacha Mougel, comme Sylvia Peromingo, comme la jeune nancéenne violée il y a deux semaines, et comme tant d’autres, sont la raison pour laquelle l’IPJ existe. La raison pour laquelle nous nous battons, depuis la création de l’association, et pour laquelle nous continuerons à nous battre, contre vents et marées.

Nous ne pouvons pas nous résigner à cet état de fait.

Pour toucher le plus grand nombre de gens possibles, pour faire connaître à tous les Français l’état de notre justice, nous avons fait réaliser un grand documentaire, intitulé « Coupables d’avoir été victimes ».

Dans ce documentaire, vous retrouverez les témoignages de Sylvia Peromingo, de Stéphane Maitre et de beaucoup d’autres experts et membres de notre collectif de victimes.

Si vous ne l’avez pas déjà fait, regardez-le. Et signalez-le au plus grand nombre de gens possible autour de vous.

C’est un documentaire d’utilité publique.

Tout le monde doit savoir.

Avec tout mon dévouement,

  Axelle Theillier de l'IPJ
  Axelle Theillier
Présidente de l’Institut pour la Justice





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