Chahinez

Cette lettre a été envoyée aux adhérents de l’Institut pour la Justice le 06 janvier 2022.

 

Chahinez : Brûlée vive par son mari – Il avait déjà été condamné sept fois

Chère Madame, cher Monsieur,

Ce 4 mai 2021, Mounir a patienté toute la journée devant le domicile de Chahinez.

Chahinez est son épouse depuis 2016 et ensemble ils ont eu un petit garçon, prénommé Saïd.

Mais très vite Mounir se révèle jaloux et violent. Début 2020, Chahinez dépose une première plainte contre lui, ce qui manifestement n’impressionne pas le mari violent. En juin de cette même année, Mounir est incarcéré pour « violences volontaires par conjoint » en récidive.

Sa peine est théoriquement de neuf mois, mais Mounir est libéré dès le mois de décembre (il est incarcéré à peine 6 mois). Au total, Mounir a pourtant déjà été condamné 7 fois, et pas pour des petits délits : notamment conduite sous emprise de l’alcool, « violences avec usage d’une arme », « vol avec destruction ou dégradation » et « violences par conjoint en présence d’un mineur ».

Au mois de mars 2021, il agresse à nouveau Chahinez, devant des témoins. Le maire de la commune de Mérignac, où ils habitent, rapporte comment, devant le supermarché du quartier, « il l’a attrapée par le collet et lui a fortement serré le cou. Il aurait pu l’étrangler si personne n’était intervenu. »

Une nouvelle fois Chahinez porte plainte. Et rien ne se passe. Police, justice, personne ne bouge, et Mounir reste libre.



Alors, ce 4 mai, Mounir attend Chahinez en bas de chez elle. Il a pris un fusil de chasse et un bidon de liquide inflammable.

Mounir s’est persuadé que Chahinez a un amant et, comme il le déclarera plus tard à la justice, il a décidé de la punir en la brûlant « un peu » pour « lui laisser des marques ».

Lorsque, aux alentours de 18 heures, Chahinez sort enfin de chez elle, Mounir pointe son fusil et tire à plusieurs reprises.

Touchée, Chahinez s’effondre, mais elle est toujours vivante. Mounir s’approche d’elle. Il l’asperge de combustible, puis il immole la malheureuse.

Chahinez meurt dans d’atroces souffrances suite à une « détresse respiratoire secondaire à une combustion vitale », comme l’indiquera le rapport d’autopsie.

Mounir, qui a pris la fuite, est arrêté quelques minutes plus tard par la brigade anti-criminalité. Enfin.



Mais pour Chahinez il est trop tard.

Ce mardi, six policiers sont passés en conseil de discipline suite à la remise d’un rapport de l’IGPN, la « police des polices ». « Des manquements administratifs » leur sont reprochés.

Peut-être, en effet, ces agents ont-ils commis des erreurs ou des fautes, auquel cas ils devront bien sûr être sanctionnés.

Mais ce serait évidemment une erreur que de faire porter la responsabilité de cette horrible histoire sur quelques fonctionnaires de terrain, situés tout au bout de la chaîne pénale.

Car, comme l’écrivait notre délégué général, Pierre-Marie Sève, dans le FigaroVox au mois de juin, c’est toute cette chaîne qui s’est révélée défaillante : « Par son incompétence et sa désorganisation, l’institution a sur la conscience le meurtre sauvage d’une mère de famille. »

Police, justice, administration pénitentiaire, tous ont quelque chose à se reprocher.



Et, au bout supérieur de la chaîne, ce sont aussi nos responsables politiques qui devraient faire leur examen de conscience.

  Comment se fait-il que Mounir n’ait pas été en prison pour de longues années au vu de tous les délits dont il s’était déjà rendu coupable ?
  Comment se fait-il que ce délinquant notoire, né en Algérie, ait pu acquérir, puis conserver la nationalité française ?
  Comment se fait-il que la plainte de Chahinez n’ait pas abouti à l’arrestation immédiate de son mari, alors que, comme l’indique l’avocat de la malheureuse : « Ses rendez-vous avec les services d’insertion et de probation étaient connus, son lieu de travail aussi » ?
  Comment expliquer que des mesures de protection n’aient pas au moins été mises en place, comme un téléphone grand danger ou un bracelet anti-rapprochement ?

Et la liste des questions pourrait continuer pendant longtemps.

Le meurtre ignoble de Chahinez est une nouvelle fois la preuve que notre système pénal doit être réformé de fond en comble.

Il est une nouvelle fois la preuve de la nécessité vitale du combat mené par l’IPJ. Et le mot « vital » doit être pris au sens propre.

Combien de victimes allons-nous encore déplorer ? Combien de meurtres ou d’agressions qui auraient facilement pu être évités allons-nous encore comptabiliser ?

Il n’y a pas de fatalité à la délinquance et à l’insécurité. Ensemble, nous pouvons faire la différence.

Si nous n’agissons pas, qui le fera ?


Avec tout mon dévouement,

  Axelle Theillier de l'IPJ
  Axelle Theillier
Présidente de l’Institut pour la Justice



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