Cette lettre a été envoyée aux adhérents de l’Institut pour la Justice le 15 octobre 2021.

Ces profs qu’on assassine

Depuis Samuel Paty, rien n’a changé

Chère Madame, cher Monsieur,

Il y a un peu plus d’un an, Samuel Paty était décapité par un islamiste âgé de 18 ans.

Sauvagement assassiné, simplement parce qu’il avait fait son métier de professeur et expliqué à ses élèves ce qu’est la liberté d’expression en France.

Samuel Paty a été fait chevalier de la légion d’honneur à titre posthume, un hommage national lui a été rendu, les responsables politiques ont fait de grands discours sur l’air du « plus jamais ça ».

Mais qu’est-ce qui a changé concrètement depuis ?

Rien.

Aujourd’hui, dans des établissements un peu partout en France, les insultes, les menaces et la brutalité sont plus que jamais le lot des enseignants.

Peut-être avez-vous vu cette vidéo édifiante qui a fait le tour des réseaux sociaux ?

Lundi dernier, elle avait déjà été visionnée plus de 1,6 million de fois.

La scène se passe dans un lycée professionnel. On voit un lycéen tenter de sortir d’une salle de classe en plein cours.

Sa professeure, un petit bout de femme âgée de 66 ans et qui fait une tête de moins que lui, s’y oppose.

Le jeune homme lui crie dessus : « Wallah, écarte-toi de ma route ! Eh le Coran, poussez-vous Madame ! ».

« Vous êtes à l’école. Ne me touchez pas, Yassine », réplique l’enseignante. Mais, sous les rires de ses camarades, Yassine n’hésite pas à ouvrir violemment la porte. L’enseignante est alors brutalement projetée à terre.

Cette chute lui vaudra 6 jours d’ITT.

Et pourquoi Yassine a-t-il agressé sa professeure ?

Parce que Yassine avait apporté en cours une enceinte qui diffusait de la musique et que l’enseignante avait essayé de la lui prendre…

Vous vous souvenez sûrement de cette autre vidéo, dans laquelle on voyait un élève pointer un pistolet sur sa professeure en exigeant qu’elle l’inscrive « présent » en cours, alors qu’elle s’apprêtait à le noter « absent » parce qu’il était arrivé en retard.

« Tu mets ”présent”, purée ! » lui ordonne-t-il, en braquant le pistolet sur son visage, tandis que les autres élèves rient et se moquent de l’enseignante.

Bien sûr, ces agressions filmées ne sont que la partie émergée de l’iceberg. Un minuscule échantillon de l’enfer quotidien que vivent un nombre croissant de professeurs dans de plus en plus d’établissements.

Lors de l’affaire de la professeure braquée avec un pistolet, le président du Syndicat national des lycées et collèges (Snalc) rappelait déjà que ces « incidents », comme on dit pudiquement dans les rectorats, concernaient 80% des établissements.

Et savez-vous pourquoi cet ensauvagement progresse, de manière apparemment irrésistible ?

D’abord parce que les pouvoirs publics persistent à garder dans les salles de classe des « jeunes » qui n’ont strictement rien à y faire.

Yassine, par exemple, avait déjà à son casier judiciaire une condamnation pour extorsion par violence, prononcée quand il était encore mineur.

La veille de son agression sur sa professeure il avait été arrêté pour détention d’une arme blanche, un couteau, et devait comparaître devant le tribunal… en juillet prochain !

Yassine, lors de son audience devant le tribunal judiciaire de Melun, a avoué fumer trois ou quatre joints par jour mais a refusé de dire comment il se procurait l’argent pour acheter sa drogue.

Bref, Yassine a déjà un pied et demi dans la délinquance, voire deux.

Il a dix-huit ans, mais qu’importe : il paraît qu’il vaut mieux que les « jeunes » comme lui soient en cours plutôt que « dans la rue ».

Mais la conséquence, c’est qu’ils se comportent à l’école comme dans la rue et agressent leurs enseignants comme ils agresseraient les passants. Pour que des « jeunes » ne soient pas dans la rue, l’école devient la rue. Et tant pis pour les enseignants et pour tous les élèves qui désireraient apprendre.

Ensuite, et c’est la seconde raison : parce qu’en cas « d’incident », l’administration ne soutient les enseignants que comme la corde soutient le pendu.

Souvenez-vous de Samuel Paty.

Qu’a fait la hiérarchie de l’Éducation Nationale lorsque les menaces ont commencé à s’accumuler sur la tête du professeur ?

Elle lui a demandé de s’excuser auprès des élèves qu’il aurait pu « offenser » et elle a lancé une procédure contre lui comme s’il avait commis une faute !

Face à une cabale islamiste montée par un fiché S notoire, l’Éducation Nationale s’est couchée honteusement. Samuel Paty n’a été ni soutenu, ni protégé. Et il en est mort.

Comme le disait l’enseignante Fatiha Agag-Boudjahlat, au lendemain de l’assassinat de son collègue : « l’Éducation Nationale, c’est le temple des lâchetés ».

Tous les professeurs ne payent pas cette lâcheté institutionnelle de leur vie, fort heureusement, mais tous y sont confrontés à un moment où l’autre. Les témoignages à ce sujet pourraient remplir des livres entiers.

« J’aurais aimé être soutenue lorsqu’une élève m’a tapé dessus dans un couloir de mon établissement. Mais le conseil de discipline ne l’a pas même exclue. Et on m’a expliqué qu’il fallait prendre les choses moins à coeur », expliquait un prof sur les réseaux sociaux, sous le hastag #Pasdevague

Une autre raconte : « Titularisation dans un collège “qui craint”. Un élève me menace physiquement alors que je lui mets un mot dans le carnet. Après un arrêt maladie, l’inspection me convoque. “Faut se blinder un peu mademoiselle. Y a pire. Retournez travailler.” »

Un troisième se souvient : « On m’a craché dessus et on m’a menacé de me “castagner à la sortie”. Punition : aucune. Je porte plainte. » Conseiller d’éducation : « bon j’ai posé 3 jours d’exclusion, mais vous êtes dans le répressif, pas dans l’éducatif… »

Non, rien n’a vraiment changé depuis la décapitation de Samuel Paty.

La lâcheté et la culture de l’excuse continuent de régner presque sans partage dans les hautes sphères.

Et comme rien n’a changé, tout s’est détérioré.

De la même façon qu’un cancer qui n’est pas soigné continue de s’étendre et de dévorer l’organisme de l’intérieur. Jusqu’à quand ?

Avec tout mon dévouement,

Axelle Theillier
Présidente de l’Institut pour la Justice

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